Le Fauteuil en Velours Brun
 
Mon doux fauteuil, accueille-moi encore une fois pour que je puisse profiter à loisir des douces caresses de mon chat câlin, de la douce chaleur du feu mutin, des douces cotes de ton velours brun, d'un cocktail devenu un grand classique (Mint Julep : à une base de bourbon, ajoutez une cuillerée de sucre en poudre et quatre feuilles de menthe fraîche. Ecrasez la menthe jusqu'à ce que le sucre ait fondu. Complétez avec de l'eau gazeuse) et des quelques ouvrages suivants qui sont autant de douceurs...
 
Moloch de Thierry Jonquet - Série Noire
Ville de la Peur de René Belletto - J'ai Lu
Les Belles Endormies de Kawabata Yasunari
Machine qui rêve de Tome & Janry - Spirou - Dupuis
Bill Baroud à la rescousse de Larcenet - Fluide Glacial
 
 
Moloch de Thierry Jonquet - Série Noire

Avec Moloch comme avec Les Orpailleurs, Thierry Jonquet a réalisé un de ces petits chefs-d'œuvre de la série noire, un roman policier dense, réaliste, étouffant par moment. Les personnages ont une épaisseur qui vous plonge dans le roman : on suit les déambulations de chacun avec peur, frissons ou attachement. Retrouver les personnages des Orpailleurs renforce cette impression.
L'histoire est dans la veine de cette quasi nouvelle école du polar dont le plus beau fleuron est Les Racines du Mal, de Dantec. L'enquête policière est pimentée de références fantastiques et d'études de caractères : les malades mentaux, caractériels ou psychopathes y sont légion, comme pour mieux explorer la décrépitude intérieure d'hommes à la dérive, reflets peut-être déformés d'une société en faillite. Violence, fanatisme, meurtre ne sont que des symptômes d'un mal plus grand, du Mal peut-être.

C'est la caractéristique du roman noir moderne : on ne nous fait plus découvrir les abîmes de noirceur des individus en marge (sous-entendu d'un monde qui lui n'est pas noir), mais les dérèglements de ceux qui sont soumis trop brutalement aux effarantes laideurs d'une société humaine dont les lois réelles sont plus proches de la loi du plus fort que de l'esprit des lois. La terreur économique ne fait pas que des chômeurs sans espoir ou des sdf mourant de froid entre deux cartons, elle crée aussi les conditions favorables à l'expression des sentiments bestiaux qui sommeillent et parfois se réveillent. En somme, un monde de bêtes avec de moins en moins d'humains, un monde de bêtes qui nous transforme par sa violence.

PmM
 
 
Ville de la Peur de René Belletto - J'ai Lu

René Belletto est un auteur lyonnais qui a su transcender le statut un peu ambigu " d'auteur attaché à une ville " (qui produit souvent des auteurs incapables de sortir du moule de leur premier roman) pour écrire de splendides romans policiers. Plusieurs ont été adaptés à l'écran (ce qui n'est pas une référence, mais heureusement ce ne sont pas les meilleurs) et l'ensemble présente une cohérence très forte imprégnée des éléments culturels personnels de Belletto.
La force de cet auteur est d'avoir su ancrer ses histoires prenantes et tragiques dans le quotidien méconnu d'une ville bien particulière ; il réussit à rendre parfaitement l'atmosphère de Lyon (qui n'attendait qu'un auteur de cette trempe pour révéler certains traits obscurs de son caractère, bien loin des clichés guignolesque et cochonailleux) , cette ville de dédales et de rencontres, assoupie dans un sommeil lourd de notable repu à peine troublé par les cris des sauvageons parqués en banlieue.

Pourtant, ses deux derniers romans Régis Mille l'éventreur et Ville de la peur, même s'ils témoignent encore de l'art consommé de Belletto à entremêler les narrations et les vies de ses personnages, font preuve d'une artificialité assez dérangeante à mon goût. Les références constantes aux techniques de la HiFi sont par exemple complètement plaquées sur le récit et franchement pénibles ; d'autres sujets, qui visiblement lui tiennent à cœur sont abordés avec le même angle, surajoutés dans le cours du récit qui perd alors beaucoup de sa force. L'utilisation de " recettes " éprouvées dans ses précédents romans est probablement la cause du manque de souffle de ces deux volumes, faute d'une petite étincelle catalysatrice que Belletto nous offrait jusque là.

Car Belletto est tout de même l'auteur de romans magnifiques, souvent tragiques dans leur description d'une certaine décomposition sociale, mais toujours optimistes dans leur foi en l'homme (sauf un, particulièrement sombre). Il faut lire l'Enfer pour découvrir l'atmosphère bien particulière de Lyon en été, il faut lire Sur la Terre comme au Ciel et Le Revenant pour leur clarté tragique, pour goûter la force singulière qui se dégage de ces histoires qui semblent simples. Autour de ses passions, autour de ses craintes, Belletto construit un monde doux-amer, des personnages attachants et des histoires passionnantes. Pour en savoir plus, consultez le site de Julien Brunel, un inconditionnel de Belletto.

PmM
 
 
Les Belles Endormies de Kawabata Yasunari

Mon petit Littré reste sec (hum !) sur le mot érotisme : "... qui appartient ou se rapporte à l'amour". Pas très bandant, tout ça. Bien-sûr, il y a Eros, le dieu éponyme de l'amour. Mais depuis l'antiquité, voire depuis le siècle de Littré, l'érotisme a pris un sens différent, si ce n'est opposé. Ou peut-être est-ce notre société occidentale qui a longtemps défendu un érotisme pur, amoureux et le confond maintenant de plus en plus avec la sensualité. L'amour n'est plus du tout nécessaire à l'érotisme. Mais attention ! Le mot continue sa dérive vers le sexe (voir un film érotique !), et là je dis non ! et je tape très fort ma souris sur mon bureau...

L'érotisme se situe à mi-chemin entre l'amour et le sexe, dans un fragile équilibre entre les sentiments et les sens. La difficulté et la beauté de l'érotisme consistent à rester sur cette frontière, sans glisser ni dans l'amour, ni dans le sexe (warf, warf... Désolé).

Seul Kawabata est parvenu à maintenir cet équilibre précaire. Les Belles Endormies relate cinq nuits d'un homme de soixante-cinq ans. M. Egushi fréquente une maison particulière dans laquelle des "clients de tout repos" (i.e. qui ne sont plus tout à fait des hommes, enfin, vous voyez,... quoi...) passent la nuit dans le lit d'une jeune fille qui "dort d'un sommeil de mort" grâce à de puissants sommifères. Egushi peut les toucher, les caresser, les sentir, mais la stricte loi de la maison lui interdit d'aller plus loin. Il n'a pas le temps d'aimer ces filles qu'il ne revoit plus après son réveil. Il se maintient donc à cette frontière érotique. Il se demande s'il aime ces filles, et s'il peut leur faire l'amour. Mais il ne fait ni l'un ni l'autre. Ces nuits sont érotiques, mélanges de désir, de retenue et de frustration.
Ce roman est aussi un jeu subtil entre la beauté et la mort. Les jeunes filles paraissent mortes. Allongé à leur côté, le viellard connaît pour la dernière fois une certaine puissance: celle d'être vivant. Contraste total entre ces viellards proches de la mort et ces filles dont la beauté crie leur vitalité.
Bandant.

LN
 
 
Machine qui rêve de Tome & Janry - Spirou - Dupuis

Aimez-vous Spirou ?
On peut aimer ce sympathique personnage de bandes dessinées pour une multitude de raisons - du souvenir d'enfance à la simplicité des histoires et des graphismes de ce pionnier de l'école belge - et le détester pour autant. Quoique le Spirou des origines soit bien difficile à détester, puisqu'il est l'archétype même du héros de bandes dessinées pour la jeunesse de l'époque, à l'instar de Tintin, sans profondeur narrative ni niveaux de lecture superposés (comme Astérix durant l'époque Gosciny), avec de pures abstractions sociales (le "Journaliste", le "Savant génial", le "Bouseux"...). Le personnage a été créé par Franquin (si je ne me trompe pas) puis repris par de nombreux dessinateurs, dans la même veine. Seul le trait faisait apparaître une rupture très légère, les scénarios ne faisant que s'adapter aux problèmes du moment sans acquérir de véritable consistance autre que narrative. La véritable rupture est arrivée avec Tome et Janry qui ont entamé une mutation profonde du personnage. Avec leur dernier volume paru, Machine qui rêve, il semble que cette mutation soit en passe de s'achever.

Peu après leur premier tome, les deux auteurs ont entamé une série parallèle intitulé le Petit Spirou, racontant les aventures de Spirou enfant, échappant à toutes contraintes de réalisme, orienté vers les enfants par la nature des histoires (des enfants modernes toutefois), bref, dans la droite ligne du Spirou initial. Ayant réglé de cette manière le fardeau moral de l'héritage du maître Franquin, nos deux compères ont pu s'attaquer à l'volution en profondeur du personnage, avec une première évolution vers le comique affirmé (jusque là) puis vers le réalisme (le dernier tome). Spirou et Fantasio ont maintenant des états d'âme, dépriment, désirent des femmes. Machine qui rêve ne marquera pas par l'histoire qui y est contée, mais parce que Fantasio y prend des vacances ou parce que Seccotine veut qu'on l'appelle par son prénom... Point d'orgue de la rupture (ATTENTION ne lisez pas ce qui suit si vous voulez garder du suspens) : l'histoire met en jeu un clone de Spirou, et le vrai Spirou meurt à la fin. Seul le clone survit, le voici libre de débuter quelque chose de nouveau, avec le soutien de Seccotine (pardon, Sophie)...
On l'a compris, il s'agit d'un manifeste pour un nouveau Spirou. Pour mieux juger de la réussite de cette métamorphose, attendons de voir le prochain tome de ses aventures.

PmM
 
 
Bill Baroud à la rescousse de Larcenet - Fluide Glacial
Avec ce deuxième tome des aventures de Bill Baroud, Larcenet retrouve la verve de ses premiers albums, un peu émoussée dans le premier tome de la série des Bill Baroud que nous avions critiquée dans ces colonnes (Bill Baroud, espion). Voici revenu le Larcenet précis, à la limite du génie dans son à-propos humoristique, dans ce mélange de références télévisuelles, culturelles, politiques et sociale qui constitue la trame de son humour décapant plus que jamais précis et contemporain, et sans doute obsolète dans quelques décennies. Que l'on croise Hitler à la tête d'une armée de tortues, Pierre Richard en voleur de statuette au Machu Pichu ou Bart Simpson assassiné (" froid et raide comme une bite d'évêque "), les références sont souvent périmables (publicité) ou élitistes (pas péjorativement) mais elles font mouche à tout coup. Les thèmes récurrents - la drogue comme moteur de l'expérience culturelle humoristique ou bien Starsky et Hutch - ajoutent un niveau d'humour supplémentaire au fil rouge constitué par le héros des aventures. Vraiment, cet album est une pleine réussite. A lire.
PmM
 
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