Ile de Pâques Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Il n'y a plus de mystère à l'Ile de Pâques. Il n'y a plus que la vibration intime de l'île la plus lointaine du monde, où l'on peut encore s'endormir sous la couverture soyeuse des étoiles du Sud, veillé par l'ombre immense des statues pétrifiées. Je viens ici comme en pélerinage vers les mythes de mon enfance. Je prends soin de relire les livres, sources de mythes. Et je trouve à mon arrivée une réalité surprenante mêlée de magie ancienne, et j'apporte avec moi la poésie qui rend mon séjour inoubliable.

Et d'abord, l'horizon. Les statues tournent le dos à l'océan, je tourne le dos aux statues et je contemple l'horizon. Je colle mon oeil à l'appareil et je capture image sur image comme pour m'approprier cet infini qui se perd, là-bas, sous les nuages voluptueux. Comme Stevenson, c'est cette première île du Sud et ce premier horizon qui m'attacheront au Pacifique pour la vie.

 
Pour la vie ? Comment puis-je le savoir ? C'est comme ça. Une pulsation intime qui m'annonce peut-être que j'ai trouvé ici de nouvelles raisons de voyager. Je suis sur l'île que ses habitants nommaient nombril du monde, parce qu'ils ne connaissaient pas d'autre terre. Je suis ici et maintenant immobile sur les rochers noirs, contemplant la rotondité du monde, parcourant de l'imagination les étendues salines, apercevant les côtes des archipels et des continents d'outre-monde, voyageur debout sur la Terre comme tous les voyageurs, fiché dans cette planète que je réduis à mon échelle avec humilité. L'horizon m'absorbe, m'étire, me séduit ; je deviens frégate pour suivre les alizés. Je vole, haut, oiseau dérivant de mes rêves.
Le regard des statues me rend à l'humanité.
 
 
J'embrasse l'horizon de mes bras étendus. Ici commence réellement mon voyage. Court voyage, mais grand voyage. Sur quelques kilomètres carrés, je suis au nombril du monde.
 
PmM
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