Le Fauteuil en Velours Brun Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Ô mon fauteuil, roi des soirées
Que j'aime ton velours, brun
Ô mon fauteuil, toi si douillet
Où je me vautre si bien,
C'est dans tes bras, que vient le chat,
Et ton accoudoir, est un vrai bar
(Volupté : mélanger deux parts de Calvados, trois parts de Grand-Marnier et une part de porto blanc. Ajouter un trait de grenadine.)

Mon beau fauteuil, si près du feu
C'est toi que j'aime pour lir-eu...

 
Mémoire courte de Nicolas Rey - Au diable vauvert
Une affaire personnelle de Kenzoburo Oe
La fin d'une liaison de Graham Greene - 10x18
Ils y passeront tous de Lawrence Block - Points
Mokusei de Cees Nooteboom
Ainsi finit le monde de James Morrow - Denoël
Archange de Robert Harris - Pocket
Le théorème du perroquet de Denis Guedj - Points
 
 
Mémoire courte de Nicolas Rey - Au diable vauvert

Ce n'est pas sans appréhension que l'on découvre les premières pages de Mémoire courte. Le premier opus de Nicolas Rey, Treize minutes, avait en effet été édité en poche dans la collection Nouvelle Génération de J'ai lu, collection trash et provocatrice alors dirigée par Marion Mazauric, dans laquelle elle avait également publié Despentes. En montant sa propre maison, Au Diable Vauvert, Mazauric est parvenue à conserver Rey, qui y publie donc son deuxième ouvrage, et à s'assurer des débuts en fanfare, Mémoire courte ayant obtenu le prix de Flore. Lequel prix compte parmi ses lauréats Despentes, Dustan, etc… Bref, on s'attend à un livre cru, provoc, faisant montre de drogue, de cul, et d'amoralité, autrement dit, par les temps qui courent, un livre ennuyeux et consensuel…
Le temps d'une trentaine de pages, on craint de ne pas s'être mépris sur le tableau : Gabriel boit (des " morts à Paris "), fume (pas que des cigarettes), et sniffe (de la coke, évidemment). Le livre s'ouvre sur son mariage avec Sophie, qu'il ne parvient pas à assumer : il l'aimait, il ne l'aime plus, veut en aimer d'autres, etc… On atteint des sommets de mauvais goût lors de la cérémonie, qui oppose déplorablement deux lieux archi communs : la famille très bourgeoise (" Définition du papa de Sophie : grand chirurgien, chauve, protestant comme sa femme avant lui […]Monsieur ne se marre qu'en écoutant Boby Lapointe. Le fric est ainsi fait qu'il bousille tout "), snobant la famille très prolétaire (" Ce groupe n'a rien a voir ni avec l'intendance, ni avec une faute de goût. Honneur au pire de tous : mon papa. Trente années de carrière comme représentant chez Michelin, prince de la gomme, du joint de culasse et du jaja, accro des films de guerre, raciste comme pas deux ").
Passées ces trente pages, pourtant, le livre trouve son rythme et remise les clichés pour devenir parfois franchement émouvant. Le récit de Gabriel laisse deviner, avec beaucoup d'habileté de la part de Rey, la souffrance de sa femme, comme le mal-être des autres personnages. D'une façon générale, l'histoire en elle-même est une illustration assez lourde, mais jamais ennuyeuse (comme le dit la 4ème de couv, " ça se lit très facilement ") d'un thème qu'en revanche il traite admirablement au gré du récit et de ses personnages, Gabriel bien entendu, mais également son nombreux entourage. Thème des aspirations déçues, des rêves jamais réalisés, de l'adolescence qui s'en va, etc… Tout cela, Rey l'évoque en creux avec beaucoup de force et de sincérité, sans jamais sombrer dans le pathos ni dans l'excès que pourrait laisser craindre son style. Bref, un livre qui se paie le luxe d'être à la fois dans l'air du temps et inattendu, très bon en définitive. Après le magnifique Pas de temps à perdre de Régis de Sa Moreira, joli coup du Diable Vauvert ! .

GF
 
 
Une affaire personnelle de Kenzoburo Oe

Il y a des gens qui n'aiment pas les romans intimistes. C'est comme ça. Personnellement, je ne supporte pas d'aller mettre mon nez dans l'intimité d'un auteur. Connaître ses pulsions, même imaginaires, ses faiblesses, beurk !
Pourtant, dans le genre roman intimiste, Une Affaire personnelle, par son titre même, fait très fort. Un seul sujet, une seule question tout au long du roman : un père apprend que son enfant est un monstre et se demande, trois jours durant, s'il doit, s'il peut ! souhaiter sa mort. Voilà. C'est tout.
Alors à quoi bon lire ces pages certainement gluantes de sentiments larmoyants, de faiblesse humaine ? Peut-être déjà, parce que c'est l'oeuvre d'un japonais. Les japonaiseries donnent une couleur supplémentaire aux sentiments et aux relations. OK, ça peut aider.
Mais il y a une surtout une vraie question, un suspens terrible qui nous tient. Le bébé survivra-t-il à sa difformité ? Ou sera-t-il tué par son propre père ? Nous mêmes, lecteurs, sommes impliqués dans ce choix. On ne sait qu'espérer. S'il est condamné à un état végétatif, cet enfant doit-il vivre ? A quoi bon ? son père, surnommé "bird" finira-t-il par utiliser sa cervelle de moineau, se prendra-t-il en mains ? Vous le saurez en lisant Une Affaire personnelle !

LN
 
 
La fin d'une liaison de Graham Greene - 10x18

Sur Graham Greene et sur La fin d'une liaison je ne veux rien dire, parce que Greene me semble encore trop inaccessible pour pouvoir en parler bien et que ce roman recèle encore trop de mystères pour ma faible connaissance de cet auteur. Je veux juste attirer votre attention sur un fait essentiel de ce roman, sur le rendu exact d'une émotion amoureuse, si profondément vraie qu'elle vous laisse stupide d'être ainsi découvert et pour tout dire, d'être si banal qu'un auteur ait pu écrire ainsi ce qui vous semblait jusqu'ici le plus intime des sentiments. Non pas que j'ai jamais eu la naïveté de le croire, et encore moins que j'ai conservé l'espoir d'une quelconque originalité en ce domaine.
Comme nous tous, et je m'adresse bien sûr ici aux hommes avant tout, vous avez subi une de ces ruptures flamboyantes dont la survenue vous laisse hagard et profondément malheureux. Et vous savez comme moi les transports de l'amour qui meurt dans la souffrance, les interrogations torturantes, les espoirs près du téléphone, la jalousie que plus rien ne justifie mais qui continue à vous faire souffrir, les doutes qui s'envolent au son inattendue de la voix aimée et le désespoir quand cette voix s'éteint, l'espérance folle dans un renouveau improbable pour un mot ou une lettre, et les interprétations à qui l'on donnent à toute force plus de sens qu'elles n'en ont, ou bien le sens que l'on veut. Oui, je veux bien parler de cette lente et insupportable agonie de l'amour. Et bien sachez que Graham Greene la transpose et la décrit dans ce roman avec une force et une justesse qui ne manqueront pas de vous faire frémir en vous rappelant des souvenirs désagréables, et de vous renvoyer à ce temps misérable où vous souffriez pour rien. Graham Greene est encore plus précis et plus vrai que Mario Soldati , dans Les lettres de Capri. Encore que le charme douceureux et amer du roman soit terni par la révélation que la femme aimée soit toujours amoureuse du personnage principal, ce qui n'est évidemment jamais le cas pour nous. Quant aux femmes... j'aimerais bien qu'une lectrice me donne le titre d'un livre dont elle pense qu'il décrit le mieux les tourments de l'âme d'une femme dont l'amour est en train de fuir.

PmM
 
 
Ils y passeront tous de Lawrence Block - Points

A chaque fois que je retrouve Matt Scudder, je ne peux m'empêcher de penser que Block tient une écriture nettement plus aboutie que nombre d'auteurs américains que pourtant j'adore. J'ai toujours été frappé par le style de beaucoup d'excellents écrivains US, style quasiment journalistique, à la limite de l'absence de style. Tous possèdent une technique narrative irréprochable, avec notamment un art des dialogues consommé, une capacité à dynamiser une situation sans faille et une aptitude parfaitement efficace à camper un personnage ou à rendre une ambiance. Mais la plupart ont une neutralité de style -ou une absence, donc- qui tient, peut-être, à la formation littéraire telle qu'on la conçoit aux Etats-Unis. Le métier d'écrivain n'est, du moins en France, pas le moins du monde conçu comme l'aboutissement d'un cursus universitaire de formation professionnelle, ce qui est, si j'ai bien compris, le cas aux USA. On m'a souvent parlé de ces cours d'écriture (chaque fois d'ailleurs, je pense au prof d'écriture de Burgess dans le testament de l'orange ) qui sont autant de cours de technique littéraire, d'où, peut-être encore, cette évidente maîtrise technique et ce style neutre. C'est peut-être pourquoi aussi la littérature dite " de genres " nord-américaine s'oppose d'une certaine façon à la littérature dite " d'introspection " européenne. C'est un débat sans doute intéressant, qui se poursuivra ailleurs si vous le désirez.

Toujours est-il que Lawrence Block manifeste tout ce qu'on peut attendre d'un grand écrivain. Tous ses polars, tout en étant les archétypes de leur genre, manifestent une gravité qui les entraîne forcément au-delà de ces catégories souvent un peu mesquines. Je ne vais pas vous raconter l'argument (ceux qui connaissent ne me le pardonneraient pas, et ceux qui ignorent encore Matt Scudder devraient commencer au premier de la série, qui est si je me souviens bien le blues des alcoolos, par ailleurs scandaleusement introuvable en France, ou par Huit millions de façons de mourir, qui me paraît être la meilleure introduction), je me contenterais de vous signaler que la tentative de Block de rendre plus diffuses et plus opaques encore les frontières du bien et du mal trouve dans cet opus son aboutissement et que les paradoxes complexes qui font de Scudder un privé pas comme les autres se font de plus en plus remarquables. Pas de doute, c'est génial.

EM
 
 
Mokusei de Cees Nooteboom

L'Asie est à la mode en ce moment. Le cinéma la reconnaît enfin, l'art, l'ameublement se répandent en occident. C'est peut-être pourquoi ce livre écrit en 1982 est réédité.
Mokusei parvient à démystifier le Japon, et réaffirme son mystère...
Ce que l'on voit du Japon, ce qu'on en imagine, ceci n'est pas le Japon. En bon occidental, jeté en plein zen à Kyoto, j'ai bien-sûr été fasciné par la beauté, la spiritualité, la culture japonaises. D'après le narrateur de Mokusei, c'est une réaction normale, paraît-il. Mais lui-même déchante vite. Le Japon est sale, bruyant, américanisé.
Une femme va symboliser la dualité japonaise. Elle lui fait découvrir, réellement ce Japon traditionnel qu'il n'avait qu'entr'aperçu. Amour impossible entre le Japon et l'occident. On peut s'aimer, mais jamais on ne se comprendra...

LN
 
 
Ainsi finit le monde de James Morrow - Denoël

Comment aborder le cas Morrow ? Sans doute en vous disant que cet auteur américain est très préoccupé de religion. Parmi ses romans les plus connus, En remorquant Jéhovah et Le jugement de Jéhovah racontent par exemple les tribulations du corps de Dieu tombé dans l'océan après sa mort. Très acides sur les dérives des religions institutionnalisées, les livres de Morrow n'en sont pas moins imprégnés d'une foi difficile à cerner. Impossible à la lecture de se faire une idée sur les positions de l'auteur. Ceci dit, les autres qualités de ses ouvrages aident à faire passer cette ambiguïté de position qui me rappelle paradoxalement celle de Roy Lewis à propos du socialisme (La véritable histoire du dernier roi socialiste).
Ainsi finit le monde est tout aussi imprégné de religion, sans que celle ci soit le thème principal de l'ouvrage. Ce livre est une folie d'auteur. Imaginez un monde dans lequel la peur de l'holocauste nucléaire conduit les habitants à vivre en permanence avec la protection d'une combinaison de sûreté. Imaginez que l'holocauste arrive, et que les combinaisons se révèlent inefficaces, causant la fin de l'humanité. Imaginez que les six survivants de l'holocauste soient jugés par le tribunal des êtres qui n'ont jamais eu la chance de venir au monde (et qui colonisent le pôle Nord). Imaginez que l'histoire tourne autour de deux thèmes récurrents, les vautours et Nostradamus, en guise de fil rouge. Vous aurez alors une idée de la construction du livre en essayant de suivre le cheminement du héros essayant d'échapper à son jugement pour joindre le pôle Nord, seul endroit où le magnétisme doit lui permettre de vaincre la stérilité consécutive au mal des rayons pour réaliser la prédiction de Nostradamus qui le voit avec une famille à nouveau réunie. Ouf ! Ce livre somme toute relativement court possède ainsi tant de développements et d'incises (qui ne sont parfois justifiées que plusieurs chapitres après) qu'il est parfois difficile à suivre. Mais les rebondissements n'en sont que plus beaux et plus émouvants. Bien entendu, il n'est pas question ici de réalisme, mais plutôt d'un onirisme post-apocalyptique (j'aime bien la formule) qui tranche avec les autres oeuvres de Morrow, où l'imagination est ancrée dans un réalisme des faits inventés qui la rend crédible.
Relativement différent des autres ouvrages de Morrow, Ainsi finit le monde n'en est que plus intéressant à lire.

PmM
 
 
Archange de Robert Harris - Pocket

Toujours à l'affût des romans mélangeant les faits historiques, l'histoire contemporaine, un soupçon de technique et la fiction, je me suis jeté sur le dernier Thomas Harris dès que je l'ai vu en rayonnage. Il faut dire que Fatherland avait été une réussite (ce roman se déroulait après la deuxième guerre mondiale, dans le contexte d'une allemagne nazie victorieuse) et qu'Enigma m'avait séduit par la technicité déployée dans la description de ce que l'on pourrait appeler l'aventure du chiffrage. Il faut dire également que je n'en étais pas à mon premier Michael Crichton ou Bernard Werber (pour éviter de me faire lyncher par mes petits camarades de rédaction, je vais limiter mon éloge de Werber à ses deux premiers livres). Et donc une histoire mêlant les secrets inédits de l'histoire de l'URSS, aux aventures d'un historien en quête d'un hypothétique carnet secret de Stalien me semblait prometteur, et je me réjouissais de retrouver cette ambiance des romans d'expionnage de la guerre froide, jamesbondesque à souhait, totalement irréelle, mais tellement agréable.
Malheureusement, Archange est d'un niveau très médiocre. Les fameux carnets de Staline, vite retrouvés dans la plus totale invraisemblance, contiennent un secret que l'on devine en quelques pages, et que l'auteur met plusieurs chapitres à dévoiler, comme s'il avait du tirer en longueur pour remplir son quota de pages. Ce pitoyable secret, c'est l'existence d'un fils secret de Staline qui pourrait faire basculer à nouveau la Russie éternelle dans l'horrible fléau du communisme (à ce sujet, on ne peut pas en vouloir à l'américain Harris d'avoir une idée biaisée du communisme qu'il met sur le même plan que le stalinisme, je vous conseille plutôt de lire Le siècle des communismes aux éditions de l'Atelier). Ce dont Harris a envie, dans ce livre, c'est de faire ré-apparaître Staline, sa grande terreur. Et il fait tout pour cela, sombrant dans le ridicule plus d'une fois. Pour justifier LA scène où apparaît Staline, il imagine que son fils a vécu reclus au fond d'un bois, ressassant les discours de son père, élevé par des soldats, et qu'il porte son uniforme, et qu'il aime bien porter la même moustache que son papa. En plus, c'est un surhomme à la Hannibal Lecter, incroyablement rapide et silencieux. Comment dire ? C'est complètement débile. Pas la peine de lire ce livre.

PmM
 
 
Le théorème du perroquet de Denis Guedj - Points

Evidemment, vous pouvez être totalement rétif au charme particulier des mathématiques et fuir à toutes jambes dès que vous apercevrez la première figure géométrique du roman. Vous pouvez également vous lasser des références permanentes aux grands mathématiciens et des problèmes qui parsèment l'ouvrage comme autant de jalons de l'histoire mathématique et de l'intrigue de l'ouvrage.
Mais si vibre encore en vous cette curiosité pour la richesse du plus simple des problème de maths, alors vous aimerez ce livre. L'argument du livre repose sur une bibliothèque complète mystérieusement envoyée à un vieux libraire parisien par son ami d'études depuis le fond du Brésil. Pourquoi un tel cadeau ? Dès le début du livre, les mystères arrivent en même temps que les personnages. Et quelle galerie de personnages à la Pennac ! Et quelle floppée de mystères ! Pour les résoudre, les personnages devront explorer la fabuleuse bibliothèque mathématique, et remonter l'Histoire (la descendre plutôt) pour trouver dans la vie et l'oeuvre des plus illustres scientifiques les indices sciemment laissés par l'expéditeur. Au fur et à mesure de la progression du roman, qui est aussi celle du déroulement de l'histoire des mathématiques, et celle de l'apprentissage mathématique des personnages, nous progressons parmi les théorèmes et les postulats, parmi les belles inventions théoriques et les applications forcenées, nous revivons les riches heures de l'histoire scientifique. Pour les familiers des maths, l'histoire tend vers un épilogue gravitant autour de la résolution du postulat de Fermat.
Si vous n'êtes pas rebutés par l'aspect quelque peu encyclopédique de l'exercice, vous apprécierez cet ouvrage, et vous aurez en plus le plaisir d'en apprécier la trame romanesque.

PmM
 
 
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