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Le gros homme
réfléchissait en silence. Depuis son arrivée
à Khartan, les principaux commerçants étaient
venus faire allégeance à son autorité de parrain
de la triade. Les cadeaux dont il n'avait que faire s'entassaient
dans l'antichambre de sa suite. Cela lui importait peu, bien qu'il
adorât les figues fourrées dont un commerçant
de douceurs réputé l'avait abondamment gratifié.
Une visite manquait ; sans doute la plus importante. " Un seul
être vous manque, et tout est dépeuplé",
cita le gros homme en songeant à la justesse des quelques mots
prononcés autrefois par un auteur
portugais ? enfin,
un auteur de la vieille Terre.
Les frères Sezières n'étaient pas venu le voir.
Eux auraient pu lui dire si le poète était bien portugais.
Et lui dire s'ils avaient trouvé l'Oiseau
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Après
avoir fait un esclandre pour entrer dans la boutique, le visiteur
d'Emile Sezières se tenait coi face au petit bonhomme narquois
qui le dévisageait d'un air interrogateur. Appuyé
contre un rayonnage empli de livres aux tranches dorées,
il fixait le sol d'un air appliqué, cherchant apparemment
à recoller les morceaux d'un raisonnement perturbé
par son arrivée fracassante. Le col étiré de
son pull en fibre naturelle pendait dans son dos comme la hotte
rabougrie d'un Père Noël que l'on aurait passé
à la peinture verte puis essoré avec du white spirit.
"-J'suis venu pour vous dire que v'nallez pas vous en tirer
comme ça et que vous avez intérêt à venir
au rendez-vous sinon on balance tout
", finit-il par débiter
d'une traite. Emile Sezières le fixa une bonne minute en
silence avant de s'avancer vers lui, et le dominant du regard (exploit
que l'on pourrait imputer à son exceptionnelle présence
scénique et non à sa taille) de lui lancer d'une voix
doucereuse:
"-Explique-toi rapidement, petite ordure", ce qui évidemment
n'était pas pour faciliter l'élocution de son interlocuteur.
"Dépêche-toi, je perds patience
"
"-C'est Zarth qui vous dit, Zarth qui
euh
on sait
tout pour votre fils
et si vous voulez discuter il faut venir
ce soir, c'est compris ?", se rebiffa le surfeur en essayant
de redresser son regard vrillé.
"-Zarth Perry, eumm, je vois
- Oui c'est Zarth qui vous donne rendez-vous ce soir à 10
heures devant l'entrepôt Alstella.
- Dis-lui que je viendrai, et maintenant dégage
"
Et le nain narquois fit un geste de la main au videur semi-humain
qui n'attendait que cela pour entrer dans la boutique, compresser
le spaciosurfeur abasourdi et l'expédier d'un maître
coup de pied vers la partie la plus sale et la plus sombre de la
ruelle avoisinante, où il eut tout le loisir de lui interpréter
quelques-uns de ses morceaux préférés pour
poings et pieds avant de le laisser repartir clopinant avertir Zarth
Perry de la rencontre à venir
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Et c'est à
la nuit tombante qu'Emile Sezières se retrouva sur un parking
désert à peine éclairé par les lumières
molles de quelques lampadaires hors d'âge. Au bout de quelques
instants, sans doute avertis par un guetteur dissimulé dans
un recoin d'ombre, un petit groupe de spaciosurfeurs entra sur le
parking. Au milieu du groupe avançaient Zarth Perry et Leïla,
la mine sombre et hostile. Sans broncher, Seizières se laissa
entourer, tandis que Zarth Perry s'avançait :
- " Bonsoir Monsieur Seizières, ravi de voir que notre
invitation a porté ses fruits
- T'fu pfarles !" marmonna un voix dans le groupe de surfeurs,
qu'Emile Seizières reconnut avec peine comme celle du messager.
Il décida de ne pas laisser le surfeur mener la danse.
- " Zarth Perry ! Il me semble que j'ai vu une récompense
pour votre capture, non ?
- De la part de la police ? Ils sont bien trop inefficaces pour
- Non, non, non, je parle de mes amis protecteurs, ceux qui pourraient
vous trouver et vous
.
- Ah bien sûr monsieur Seizières, vos amis ! Mais vos
amis savent-ils ce que vous avez fait à votre propre fils,
monsieur ?
- Mon fils, ce morveux ?"
A ces mots Leïla bondit sur l'homoncule, décidée
à lui arracher les yeux. Elle le saisissait au paletot quand
une voix tonna : "NE BOUGEZ PAS BANDE DE FILS DE PUTE !"
De l'ombre épaisse, un colosse émergea lentement et
s'avança, un mégablaster méchamment braqué
sur le groupe. Au moins cent cinquante kilos de muscles et de gras,
les deux mètres largement dépassés, un rictus
pas commode sur une gueule en coin, il s'arrêta à deux
mètres de Leïla figée sur place.
- "Alors frérot tu te ramènes ?" lança-t-il
à l'adresse d'Emile Seizières
Les deux frères commençèrent à reculer
dans l'ombre. Leïla gémit de frustration. Zarth Perry
cria :
- " Vous paierez de toute façon ! Vous serez châtié
pour avoir troublé l'ordre du cosmos ! L'Oiseau vous punira
!"
A ces mots les frères se regardèrent. Dans les yeux
d'Emile, le mot Oiseau avait allumé un feu
Ils recommencèrent à reculer et disparurent dans l'ombre.
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Arian de Haye
étendit les bras face au ciel pour capter les énergies
sans nom de l'espace profond. Il prononça les paroles mystiques
qui l'aidaient à entrer en méditation, en transe, à
sentir le flux et le reflux des forces qu'il comptait utiliser. Autour
de lui les chants des animaux s'étaient tus pour céder
la place aux chant des forces telluriques, manifestation de la résistance
de la planète aux énergies étrangères
venus de l'espace.
Arian surfa sur la vague d'énergie tandis que son corps se
dissolvait dans l'éther. Il imagina le sol dur d'une ruelle
discrète de Karthan. Il rêva de s'y transporter instantanément.
Tout à coup, il fut à Karthan. |
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Au matin, tandis
que la foule grouillante des promeneurs emplissait le centre de
la ville après les heures immobiles de la nuit, le gros homme
se mit en route vers la librairie des frères Sezières.
D'un pas nonchalant, il flâna le long des boutiques, admirant
ce qu'il y avait à admirer, goûtant ce qu'il avait
à goûter, et souriant d'un air débonnaire. Arrivé
devant le vigile de la librairie, il eut un petit sourire tandis
que le monstre musculeux s'effaçait tant bien que mal pour
le laisser entrer.
Derrière
son bureau, Emile Seizières eut un regard de pure panique,
qu'il transmit instantanément à son frère affalé
dans une chaise aux accoudoirs décorés de cuir brun.
Le gros homme laissa quelques instants de silence achever leur oeuvre
refrigérante (et certainement laxative) sur les consciences
pas très claires (et sur les intestins) des deux frères.
" - Messieurs,
quelques mots...", commença-t-il...
" - Monsieur, vous devez savoir que...", le coupa Pierre
en bondissant de on fauteuil...où il retomba immédiatement,
renvoyé par la baffe tonitruante que venait de lui donner
le gros homme.
" - Ne m'interrompez pas, s'il vous plait."
Alerté,
le vigile entra en trombe pour poser la main sur le col du gros
homme. En quelques secondes, il se retrouva à genoux en train
de contempler son poignet brisé dont les os renforcés
de carbone faisaient un angle bizarre. Puis il cessa de penser (ou
du moins le processus binaire qui lui tenait lieu de pensée
s'interrompit) quand le gros homme l'éteignit d'un coup de
coude très bien ajusté sur la tempe.
- " Messieurs,
je vous demande de venir me soir demain après-midi avec des
informations complètes et détaillés sur l'Oiseau
et sur son séjour dans les terres de votre belle planète...
- Monsieur, nous avons vu des spaciosurfeurs qui nous pourraient
peut-être...
- Suffit ! Demain, vous me direz cela demain, et j'espère
pour vous que vous aurez avancé de manière satisfaisante.
A demain messieurs ! "
Et le gros homme
tourna les talons.
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Leïla reposait
immobile sur son lit aux couvertures de laine brute et sale. Elle
pensait à sa mère dont elle n'avait aucune nouvelle
et qui aurait sans doute aimé revoir son fils, ce demi-frère
assassiné par son propre père. Leïla laissa ses
pensées dériver sur son propre père, cet inconnu
que sa mère avait adoré, et continuait à adorer
dans les flammes mystérieuses d'une passion emplie de secrets.
Qui était-il ?
Soudain, quelque
chose vibra dans la chambre. Un homme grand et maigre se tenait,
les yeux clos, là où il n'y avait auparavant que l'ombre
et le silence. Leïla se redressa en posture de défense,
les bras fléchis, prête à tuer cet intrus qui
violait l'intimité de sa chambre et pire, de ses pensées
tristes...et réalisa soudain qu'il venait d'apparaître
littérallement du néant ! Cet homme, c'était
l'Oiseau mythique, maîtrisant les forces de l'espace !
- " Leïla
! Sais-tu qui je suis ?
- Vous êtes l'Oiseau ! Vous êtes une réalité
!
- Oui, je suis. J'ai besoin de toi Leïla...
- De moi ? Mais je ne peux...
- Leïla, ta mère t'a-t-elle dit ce qui qui était
arrivé à ton père ?
- Mon père ? Mais... non, je ne sais... il est parti, il
s'est envolé un beau jour, je ne le connais pas.
- Je suis ton père, Leïla.
Et Leïla,
la bouche ouverte, les yeux écarquillés, poussa un
grand cri et s'évanouit.
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Le gros homme
réfléchissait. Il fallait tirer au clair cette histoire
de spaciosurfeurs, la régler discrètement, voir avec
eux s'il pouvait apprendre quelque chose sur l'oiseau, puis les
éliminer s'ils s'avéraient dangereux
Il sortit de sa chambre sans un bruit
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A suivre...
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| PmM |
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