La fracture culturelle Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
En Inde, tout le monde prie, tout le temps. A l'entrée des temples, la foule se presse en permanence, pour aller faire sa dévotion quotidienne au dieu local, et repartir avec la tika entre les yeux. La force de la religion hindoue reste un mystère pour le voyageur qui l'approche. Cette religion n'a aucun pouvoir central, aucune autorité ne veille à sa pérennité. Pourtant, depuis plus de 3000 ans, elle persiste. Elle a résisté au bouddhisme, pourtant originaire d'Inde, mais qui s'est surtout développé à l'étranger. Les invasions musulmanes ont apporté une ère de puissance et de raffinement des arts sans précédent (que l'on pense au Taj Mahal, par exemple). Mais l'islam ne s'est pas imposé, et ne représente aujourd'hui que 10% du milliard d'Indiens.

Le panthéon indien rappelle celui des Grecs et des Romains. Le Mahabaratha correspond à l'Odyssée et l'Iliade, où dieux et héros combattent côte à côte. A la différence que ces mythes ont perduré, comme si aujourd'hui encore, tout le monde connaissait Hector et croyait fermement qu'il était épaulé par Athêna. Le dieu le plus aimé, le plus respecté, le plus craint, c'est Shiva, le destructeur, celui qui permet la renaissance. Il chevauche Nandi, un taureau à qui l'on voue un culte presqu'aussi fervent. Chaque temple de Shiva contient un temple dédié à Nandi, où trône un taureau assis, paisible et puissant. Chaque hindou voit dans la moindre vache une expression sacrée de la monture de Shiva. Elles se promènent librement, jusque dans les villes, où elles mangent ce qu'elles trouvent, même les poubelles. Mais personne ne peut les chasser, lever la main sur une vache peut déclencher la fureur de la foule.

 
 
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Le 14 janvier 2006, nous attendions l'avion qui devait nous ramener de Madras (Chennai, en tamul) à Paris. Dans la salle d'attente de l'aéroport, nous tuions le temps en regardant la version indienne d'une chaîne américaine (en gros, les mêmes programmes, mais avec des coupures publicitaires indiennes). On y voyait un cuisinier secondé par sa blonde candide. Il expliquait une recette à base de tournedos de boeuf !!! Je commençais à regarder la tête des Indiens incrédules (des touristes, mais surtout les employés de l'aéroport, ceux qui balaient pour un euro par jour). Puis je fus intrigué par la recette elle même. Pourquoi hacher du tournedos ? Pourquoi, après l'avoir fait cuire au four avec des légumes, le disposer dans de petits ramequins et le placer au frigo ? L'explication vient à la fin de la recette, lorsqu'un gros matou vient se délecter de la recette qu'on lui a spécialement préparée.

Je ne savais même pas qu'il existe des cours télévisés de cuisine pour chat. La chaîne s'appelle "Animal Planet", une filiale de Discovery Channel.

Quelle honte... Montrer à une population végétarienne que l'on nourrit des chats avec un animal sacré... Quelle image donnons-nous au reste du monde ? Faut-il s'étonner alors que certains peuples ne nous comprennent pas, voire nous détestent ?

 
 
LN
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