Nouvelles à thème Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
 
L'aquarium littéraire par EM
J’ai soif, dix jours sur le canot. Plus d’eau ; enfin, plus que de la salée. La langue collée au palais, les yeux gonflés par le sel, tout brûle. Je n’en peux plus, cela va se terminer de cette abominable façon. La nuit tombe, enfin un peu de fraîcheur, et les étoiles comme compagnons de route. La Vestale a coulé en quelques minutes, un choc, une voie d’eau causée par quelque créature des abysses venue chasser en surface et désireuse d’éprouver la solidité de cet étrange objet posé sur l’océan. Maudite bête, moi seul ai survécu...
 
 
F. 70a. recherche animal de compagnie pour longues discussions au coin du feu... par OB
Je déteste les petites annonces ! Cette solitude affichée qui s'étale sur les pages des journaux, ce manque d'affection sans pudeur ni interdit, cette déclaration au monde que l'on est malheureux, me débectent. Autant hurler dans la rue ou se jeter sur le premier venu pour l'embrasser. Mais de là à passer une annonce pour un animal domestique, c'est sidérant !
 
 
Technologie et bestialisme par FXS
De la manière dont j'arrivai sur cette planète on eût aussi bien pu dire que j'y tombai. On eût aussi bien pu appeler cette planète Sahara, pour ce qu'il en restait. De ma chute je n'ai qu'un souvenir très vague, il faisait sombre, le sol était dur, d'un brun de terre sèche, propre, sans paille ni plante, d'un brun de désert, d'une terre dure et sombre qui m'a donné à penser que je me trouvais sur un plateau, un de ces déserts qui deviennent glacés la nuit. Autour de moi la silhouette sinistre de quelques arbres réduits à leur plus simple expression, un tronc, quelques branches, parfois une seule, prolongeant le tronc, un grand morceau de bois vertical à peine enraciné, mort debout, d'une mort sèche et cassante, et comme ça deux ou trois d'entre eux, peut-être cinq, honnêtement je ne sais plus, comme je le disais la chute n'a pas laissé de souvenir impérissable dans ma cervelle et très vite l'urgence s'est déclarée.
Les coyotes hurlaient.
 
 
L’égal d’Hugo par JH
Papa voulait que je joue au rugby. Il n’a jamais compris pourquoi je préférais sauter au-dessus des vaches. Il disait souvent : "¡Las vacas son para comer, pibe!". Papa aimait les chevaux mais la passion pour les vaches, fussent-elles de course, lui paraissait incongrue. Il avait quitté l’Argentine au temps de la dictature et avait choisi le sud-ouest de la France sous prétexte d’une lointaine origine basque. Il s’y était marié et n’avait plus quitté les Landes. Il avait gardé de l’Argentine une nostalgie qui jamais ne disparut. "Tous les Argentins sont tristes"...
 
 
Un chat par DH
J’étais heureux d’avoir trouvé ce chat. Enfin, je devrais plutôt dire : heureux qu’il m’eût trouvé, tant notre vie commune fut le fait de l’animal, plus que de ma volonté. J’habitais, il y a de cela bien des années, une chambre de bonne sous les toits d’un immeuble du 15ème arrondissement, rue Vaugirard, tout près de la mairie. La pièce était exiguë. Mon frère, quand il venait me voir, disait en souriant que chez moi, au moins, tout était à portée de main. C’était presque vrai...
 
 
Tous des moutons, des chèvres et des cochons… par OB

Dans une des annexes administratives de la salle principale des marchés de New York, une centaine de golden boys aux portefeuilles bien dorés s’entassent pour fumer leur quinzième clope de la journée, tout en tergiversant sur le montant de leur indécente prime, récemment obtenue pour cette année si extraordinaire en spéculations abusives ...

 
 
Animaux par FXS

Elles sont trois. Trois silhouettes dans le désert. Le sable, la poussière, les jours ininterrompus de marche, leur ont fait la peau jaune. On dirait qu'elles sont nues. Je devrais dire "ils". Ce sont probablement des hommes, à entendre leur voix grave. Mais leur voix est peut-être usée par le sable, la poussière, la fatigue. On ne voit pas bien leur visage. Ils marchent. Depuis plusieurs jours.

 
 
 
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