Ainsi finit le monde Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de James Morrow - Denoël
 
Comment aborder le cas Morrow ? Sans doute en vous disant que cet auteur américain est très préoccupé de religion. Parmi ses romans les plus connus, En remorquant Jéhovah et Le jugement de Jéhovah racontent par exemple les tribulations du corps de Dieu tombé dans l'océan après sa mort. Très acides sur les dérives des religions institutionnalisées, les livres de Morrow n'en sont pas moins imprégnés d'une foi difficile à cerner. Impossible à la lecture de se faire une idée sur les positions de l'auteur. Ceci dit, les autres qualités de ses ouvrages aident à faire passer cette ambiguïté de position qui me rappelle paradoxalement celle de Roy Lewis à propos du socialisme (La véritable histoire du dernier roi socialiste).
Ainsi finit le monde est tout aussi imprégné de religion, sans que celle ci soit le thème principal de l'ouvrage. Ce livre est une folie d'auteur. Imaginez un monde dans lequel la peur de l'holocauste nucléaire conduit les habitants à vivre en permanence avec la protection d'une combinaison de sûreté. Imaginez que l'holocauste arrive, et que les combinaisons se révèlent inefficaces, causant la fin de l'humanité. Imaginez que les six survivants de l'holocauste soient jugés par le tribunal des êtres qui n'ont jamais eu la chance de venir au monde (et qui colonisent le pôle Nord). Imaginez que l'histoire tourne autour de deux thèmes récurrents, les vautours et Nostradamus, en guise de fil rouge. Vous aurez alors une idée de la construction du livre en essayant de suivre le cheminement du héros essayant d'échapper à son jugement pour joindre le pôle Nord, seul endroit où le magnétisme doit lui permettre de vaincre la stérilité consécutive au mal des rayons pour réaliser la prédiction de Nostradamus qui le voit avec une famille à nouveau réunie. Ouf ! Ce livre somme toute relativement court possède ainsi tant de développements et d'incises (qui ne sont parfois justifiées que plusieurs chapitres après) qu'il est parfois difficile à suivre. Mais les rebondissements n'en sont que plus beaux et plus émouvants. Bien entendu, il n'est pas question ici de réalisme, mais plutôt d'un onirisme post-apocalyptique (j'aime bien la formule) qui tranche avec les autres oeuvres de Morrow, où l'imagination est ancrée dans un réalisme des faits inventés qui la rend crédible.
Relativement différent des autres ouvrages de Morrow, Ainsi finit le monde n'en est que plus intéressant à lire.
 
PmM
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