Babylon babies Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Maurice G. Dantec - Gallimard
 
Certains des lecteurs de KaFkaiens ont peut-être été très impressionnés, comme moi, par la lecture des Racines du mal, le second et meilleur livre de l'auteur. Nous bavions d'impatience en attendant le suivant : force est de dire qu'il n'est pas aussi bon. Ce qu'il y avait de passionnant dans les Racines du mal, c'était, à mon sens, l'imbrication d'une vaste intrigue policière, d'une anticipation à court terme (les plus difficiles) et d'une articulation de discours empruntés aux sciences dites dures comme aux sciences humaines. Ce qui était proprement nouveau, c'était sa capacité de mettre en réseau (c'est un lecteur assidu de Deleuze) dans une vaste transdisciplinarité les contenus les plus passionnants des recherches modernes (même si pour moi, la vision des sciences cognitives comme synthèse de la science, de la biologie, de la philosophie et de la psychologie me laisse rêveur quant la plupart des cogniticiens ne raisonnent qu'en terme de logique, mais c'est une autre histoire.). Quand un auteur peut se permettre d'étayer son écriture par sa capacité d'absorber et de relier les étendues les plus diverses d'un vaste ensemble que l'on pourrait appeler "recherche", c'est-à-dire le désir de connaissance dans les questions les plus hétéroclites, quand il sait mettre au service de l'intrigue un "appareillage" scientifique qui argumente au sein même du roman (ce qui est une manière d'utiliser la science dans la littérature qui est à l'inverse de celle de Houellebecq),on attend ses bouquins avec impatience. Babylon Babies participe au même réseau que les racines du mal, mais là où j'ai nettement moins accroché, c'est que l'intrigue proprement dite est moins présente et pour tout dire moins bien construite, narrativement parlant que dans les œuvres précédentes. S'il y toujours cet appareillage scientifique intéressant, il n'est plus cette fois directement au service d'une action. Tout se passe comme si Dantec avait eu tout le matériau à disposition mais pas d'histoire à raconter. Ce que j'ai trouvé le plus cruel, c'est que le personnage principal, déjà héros du premier livre de l'auteur, la sirène rouge, est pratiquement inexistant, sauf dans une chouette première partie, ainsi que les personnages secondaires. Bref, rien ne s'agite véritablement dans ce nouvel opus, même si l'on retrouve tout de même un certain plaisir de lecture. Ce qui est amusant, c'est que dès que je l'ai terminé, j'ai dévoré immédiatement Les Racines du mal, va comprendre…
 
EM
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