Baudolino Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Umberto Eco - Grasset
 
Faut-il croire Umberto Eco ? La réponse est non. Ne croyez jamais Eco. Ce n'est pas parce que ce type a la culture générale de, disons, l'Académie Royale de Belgique, qu'il faut prendre tout ce qu'il nous raconte au premier degré. La farce intello est chez lui une habitude. C'est comme si, périodiquement, il en avait marre de ses recherches en sémiotique, et potache dans l'âme, il se lâchait à raconter des blagues.
Il nous avait gratifié, il y a 40 ans, de ses pastiches, puis de la tétrapiloctomie du Pendule De Foucault. Bon, L'Ile du jour d'avant, on va dire que c'était une blague, hein ? Parce que, personnellement, j'ai pas bien compris, juste trouvé ça chiant à mourir. Mais ici, avec Baudolino, pas de doute, il s'est amusé.
D'ailleurs, il nous donne les clés de lecture dès le 4ème chapitre. "Baudolino, tu es un menteur-né". Tout ce que Baudolino nous raconte dans ce roman, tout est faux. Faux, soit, mais joliment, intelligemment faux. Avec à lui seul, les connaissances d'un stade de foot complet, Eco arrive à créer les bases plausibles du mensonge.
L'histoire se passe au 12ème siècle, et l'on se demande parfois si Eco n'a pas vécu à cette époque, tant la précision historique, politique, culturelle dépasse les plus barbants romans historiques. Sur cette fondation irréfutable, Eco construit une histoire abracadabrantesque (pour reprendre le mot de Baudelaire, ne nous y trompons pas). Fils de paysan, Baudolino devient fils adoptif de Frédéric Barberousse, et part à la recherche d'un mirifique pays chrétien d'extrême orient. Au cours de sa longue vie, Baudolino crée des légendes, auxquelles il finit par croire lui-même. Parmi ses légendes baudolinesques, on va trouver, excusez du peu, la quête du Graal qui, justement sera écrite peu après, et même le suaire de Turin, dont l'origine est carbone-datée de cette période trouble.
Tout est faux, bien sûr, mais tellement plausible. Dans cette période de confusion extrême, de guerres, de débats théologiques, (je parle du 12ème siècle, le nôtre ne connaît plus ni les guerres, ni les querelles religieuses), à cette époque charnière, tout est possible. Et pourquoi Eco n'aurait-il pas raison ? Et si toutes ces histoires avaient réellement commencé ainsi ? On ne le saura jamais, et si ce livre connaît le succès, retirez-lui la mention "Roman", et ses mensonges deviendront peut-être la vérité. Encore une fois, Eco affirme sa parenté avec l'autre maître es brouillage du réel, j'ai nommé le grand Borges !
 
LN
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