Beowulf
Voyageurs arabes
Le 13ème guerrier
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Traduit par Régis Boyer
Collection de la Pléiade
Michaël Crichton
 
Comme je vous le disais dans une autre critique, j'aime particulièrement les livres qui prétendent " continuer " des textes historiques à partir d'éléments réels ou non. J'ai toujours trouvé ce jeu avec les références obligées de la littérature, les biographies et les contextes historiques particulièrement excitant. En l'occurrence, là, c'est Crichton qui s'y colle… Bon, je ne suis pas un fan déterminé de ce gars, à qui je reconnais cependant l'efficace qualité d'être là où il faut, quand il le faut, avec le bon bouquin sous le bras… Le 13ème guerrier commence par une note relatant le point de départ de l'idée du livre : un ami de Crichton, prof de fac, lui confiait son ennui à enseigner sur des œuvres aussi éculées que le Beowulf (pour ceux qui ne vouent pas un intérêt débordant à la littérature en vieil anglais, précisons que le Beowulf, dont on situe l'élaboration entre le VIIème et le VIIIème siècle et la fixation manuscrite au début du IXème, est l'épopée fondamentale de la littérature anglo-saxonne, un poème épique et légendaire racontant les faits d'armes d'un chef viking nommé Beowulf (le monde est bien fait) qui s'est battu avec tout et n'importe quoi, notamment un dragon, et qui mérite mieux que l'atroce couverture mordorée dont l'a affublée Gallimard). Crichton, donc, avait lui, au cours de sa scolarité, pris grand plaisir à la lecture de ce texte, il a donc voulu lui rendre un petit hommage avec le 13ème guerrier (dont le titre original est Les mangeurs de morts, mais c'était pas assez bien pour le film, donc l'éditeur a changé le titre du bouquin dans le même coup en mettant une photo d'Antonio Banderas sur la couverture - selon le dégoûtant procédé qui nous vaut la tête à Depardieu sur les rééditions des Misérables, c'est affreux -, d'ailleurs, le film se regarde avec nonchalance par une après-midi pluvieuse si vous aimez l'humour viking). Bon, qu'est-ce que je disais ? Oui, donc Crichton a eu l'idée rigolote de reprendre le Beowulf en faisant participer à cette aventure un ambassadeur arabe, servant de point de vue " étranger " à cette saga nordique. Là où c'est plus amusant, c'est qu'il a utilisé un véritable chroniqueur, Ibn Fadlan, qui au Xème siècle a remonté le Danube en mission diplomatique pour son calife. Arrivé en Bulgarie (à l'époque, elle s'étendait jusqu'au sud de l'actuelle Pologne si j'ai bien compris les explications de l'édition de La Pléiade Les voyageurs arabes qui regroupe les écrits des principaux diplomates envoyés aux quatre coins du monde connu par les puissants califats de l'époque), il décrit sa rencontre avec un bateau viking en goguette. Crichton, avec un certain à propos, poursuit cette courte rencontre : les vikings (dont le chef s'appelle Buliwyf, nom qui peut aisément se corrompre avec le temps et les traductions en Beowulf) sont rappelés au pays par un messager porteur de nouvelles funestes : de mystérieux démons assaillent un village. Pour cette expédition, Buliwyf doit emmener 13 hommes dont un étranger, et voilà donc notre chroniqueur qui se joint à l'aventure qui donnera quelques siècles plus tard le Beowulf. Crichton joue avec beaucoup de doigté des différents niveaux culturels de son récit. Les digressions sur les langues et l'écriture (avec la nécessité pour Buliwyf qu'on " raconte son histoire "), l'opposition entre vikings guerriers et arabe musulman raffiné, les monstres mythiques (le dragon de Beowulf est une colonne de cavaliers tenant des torches dans la brume) ramenés de façon amusante à une théorie selon laquelle des hommes de Néanderthal aurait coexistés avec les homo sapiens jusqu'au Moyen-Age (théorie qui doit être assez populaire outre-Atlantique puisqu'on la retrouve dans Mutations de Sawyer), bref, Crichton connaît son boulot et le tout, sans casser des briques non plus, est un aimable exercice de fiction d'histoire littéraire très agréable à lire, d'autant plus qu'on aura préalablement lu les textes dont il est issu.
 
EM
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