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de Tim Powers - J'ai Lu SF
 
Tim Powers nous avait enchanté avec Le poids de son regard ou Les voies d'Anubis en utilisant un procédé -mêlant les faits historiques réels à la pure fiction- qui redonnait un intérêt certain à l'utilisation de la magie et du surnaturel dans la science-fiction, intérêt bien émoussé par les X romans usant tous des mêmes ficelles (incroyable le nombre de gnomes, de nains maléfiques, de graals empoisonnés, de fantômes obsédés sexuels et de possessions démoniaques qui ont trainé ces temps dans de soi-disant romans de science-fiction) ou par les séries télévisées aux scénarios aussi vides que le regard quasi-bovins des deux acteurs principaux.
Les deux derniers romans de Tim Powers, Poker d'âmes et Date d'expiration sont essentiellement centrés sur la magie, et utilisent moins l'aspect imbrication avec des faits historiques ; la magie et le surnaturel y sont complémentaires du mode réel, et quelques idées excellentes permettent de temps à autre d'établir des ponts entre des réalités physiques et d'imaginaires explications paranormales. Par exemple, l'utilisation du personnage d'Edison dans Date d'expiration permet d'attribuer (fictivement !) en grande partie les travaux du savant à une imaginaire relation avec le surnaturel : les manifestations de fantômes sont liées dans le livre à des phénomènes électromagnétiques, qui constituent une sorte de support des variations de l'âme, un peu dans la veine du modèle de relation âme / électrivité / biologique /mécanique que l'on trouve dans Ghost in the shell, du japonais M. Shiro ; l'électricité étant le domaine de prédilection d'Edison, la consistance de son personnage prend une nouvelle dimension. Tout cela est fort agréable, et rappelle la maestria de Le poids de son regard.
Mais la facture du roman lui-même noie ces moments brillants dans une confusion des personnages et des actions que l'auteur met en place pour essayer de produire un de ces romans à histoires parallèles qui sont devenus le format obligé des best-sellers américains du moment. Le maître de ce type de construction littéraire -ou plusieurs personnages vivent plusieurs histoires parallèles, qui interfèrent petit à petit pour finir par se rejoindre en un crescendo final, l'action devenant unique- est sans nul doute Stephen King. Tim Powers ajoute à ce type de construction un flou peu agréable qui rend le roman difficile à suivre tant que les personnages n'ont pas été parfaitement précisés et que leur histoire commune ne s'est pas mise en place (ce qui arrive à la moitié du roman). De plus, je soupçonne Powers d'avoir volontairement accentué ce flou artistique dans le premier tiers du livre pour coller à l'atmosphère de brouillard psychologique / électromagnétique dans lequel se débattent les personnages et les fantômes. Au bout du compte, ce sont les deux premiers tiers du roman qui deviennent confus et fantômatiques, et plus d'un lecteur sera sans doute tenté d'abandonner avant cette limite, d'autant plus que la fin trop prévisible et décevante (encore un travers du best-seller américain) ne rattrape pas le début laborieux.
 
PmM
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