Edito
Cher lecteur, bienvenue sur le magazine KaFkaïens nouveau format. Notre
vieux magazine a revêtu de nouveaux oripeaux pour faciliter lecture
et recherche dans notre corpus de textes et offrir à nos auteurs une
plus grande souplesse de publication.
L'intégralité de nos numéros originaux reste accessible
là, à gauche, dans leur format original, tandis que les nouveaux
textes seront présents ici, à droite, avec de multiples modes
d'accès. Les meilleurs textes seront republiés et seront donc
accessibles sous les deux formats.
Les grandes rubriques de KaFkaïens sont présentées ci-dessous,
ainsi que notre pile de bouquins où vous pourrez trouver en un clic
des conseils de lecture avisés. Des tags sont également disponibles
pour trouver facilement tous les textes d'un numéro.
Cher lecteur, bienvenue et bonne lecture !
Numéro en cours
| Le numéro en cours de notre magazine a pour thème Mars. Découvrez dans le sommaire les nouvelles consacrées à ce thème rougeoyant, ainsi que la poésie surréaliste de notre encyclopédie martienne nommée Marsopédia. | ![]() |
Rubriques
Technologie et Humanisme
Articles de fond sur les rapports de l'homme au sens large et de la machine, et particulièrement de l'homme, de l'art et de la littérature d'une part et des sciences et des outils informatiques modernes d'autre part.
Atelier de Pièces Détachées pour Oeuvre de Fiction Littéraire
Créations et expérimentations littéraires usant sans en abuser des techniques informatiques pour satisfaire l'imagination féconde des auteurs.
Le Fauteuil en Velours Brun
Critiques littéraires diverses, engagées, variées, objectives, mordantes, élogieuses, lapidaires, biaisées, ennuyées, gratuites, dithyrambiques et plus encore...
Nouvelles à thème
Nouvelles sur un thème imposé lors d'un numéro, ou par la simple monomanie d'un rédacteur en chef tournant obsédé par ses angoisses, et posant aux auteurs ce qu'il est convenu d'appeller un sérieux problème.
Aventures Virtuelles
Les aventures étranges de tout un bestiaire névrosé et éclectique, dans une forme plus qu'approximative, et dans le but totalement gratuit de rire aux dépens d'êtres défavorisés comme le teckel.
Poésie
Une multitude de mots disposés avec soin composent une mosaïque élaborée. De cet arrangement naît la sensation, puis l'émotion et enfin la réflexion.
Carnets de route
Récits de voyages réels et imaginaires...
Hum(oe)ur libre
Textes humoristiques, grinçants et sarcastiques. Dérision, sarcasmes et bonne humeur.
Dernières critiques
![]() | L’open space m’a tué par PmM |
![]() | Debout les morts par PmM |
![]() | La tempête du siècle par EM |
![]() | L'Homme premier par PmM |
![]() | Datcha blues - Existences ordinaires et dictature en Biélorussie par EM |
Texte à la Une
Via Mars : Satellisés
Par EMC dans Carnets de route
Je dissèque les mots, et ce que je réalise, astre mis à part, est aussi insoutenable que ce que j’en ressens.
Satelliser : Mettre un objet en orbite autour d’un astre.
Satellite : nom commun : Engin placé autour de la Terre ou d’un astre quelconque. Astre en orbite autour (d'une étoile ou d'une planète).
J’ai tout mis à distance de moi-même et ce faisant, j’ai mis de la distance tout court. Les autres, ceux qui ne sont nullement des astres ou bien qui ne dégagent rien dans ma stratosphère, ne serait-ce qu’un timide et léger hâle de brillance, restent à tout jamais en état d’orbite autour de moi. Donc ils sont pour moi des satellites, c’est pourquoi j’ai décidé de les satelliser. Pour certains d’ores et déjà c’est « via Mars ».
A distance. Dans le lointain. Sur une trajectoire inéluctable.
Mais le plus cruel est le terme objet, ce terme qui dépouille l’être de son âme. Je me suis mise à vérifier la signification de ce mot que j’emploie désormais pour parler de mes rapports aux autres, ou plus exactement pour faire comprendre ce que je peux leur offrir, provoquer et recevoir au retour : un tour de planète ou rien du tout. Plus jamais d’ablations.
J’emploie toujours les mots à dessein alors que celui-ci je viens de l’introduire dans mon nouvel espace.
En mettant en orbite tout genre d’absurdes mésententes vis-à -vis de moi-même j’ai réussi enfin à mettre les pieds sur terre.
Le métamorphisme a opéré.
Les univers étouffants, les sentiments poisseux, l’attitude niaise d’un moi égaré de soi ainsi que tous ceux qui n’étaient que des engins inutiles, je les ai satellisés.
Il ne reste plus d’entités anosmiques ni atteintes d’agueusie dans mes rayons cosmiques : satellisées elles aussi.
C'est comme un deuil sans mort, absurde, mais sans souffrance inutile. Ces supplémentaires ignominies que je m’étais infligées moi-même par négligence resteront d’elles-mêmes en orbite, à tout jamais.
J’ai demandé aux Hauts Commandements une nouvelle mission. Histoire d’accélérer certains événements mis en hibernation. Besoin d’action et de démarches subtiles afin de poursuivre les engagements opérés.
Ils m’ont octroyé un ordre de mission ainsi qu’un vaisseau. Il s’agit d’atteindre la surface de Mars car c’est la seule planète à notre portée en cas de déchéance terrestre où nous pourrons planter ces satellites.
Je viens de choisir les membres de l’équipage. A présent je me sens capable de capter, d’écouter, et d’absorber sans aucune intrusion émotionnelle.
Nous voici, en phase d’observation et d’exploration. On va naviguer ensemble dans cette nébuleuse.
Je me découvre capable de pénétrer dans cette planète et de mener à terme la tâche assignée.
Je viens de rallumer le vaisseau, de tamiser mes besoins lumineux, en me disant que le coeur se regonfle toujours, qu'il suffit juste de respirer à fond. J’y suis. Plus d’interférences. Cet organe se reconstruit seul, face à tout cet oxygène.
Les images fugitives glissent vers la fin d’un souvenir et je les disperse dans la poussière galactique.
Celui qui se cachait derrière le Maître-Mot des non-dits, dans mes isotopes, restera à tout jamais dans le Côté Obscur, dans les ténèbres insaisissables perpétrées dans ce néant.
La noircissure étoilée de l’espace parsemée dans le firmament s’esquisse sous une éclipse lunaire chauffée à blanc grandissant mon atmosphère brûlante de repères inébranlables.
La sensibilité et l’érotisme se profilent de nouveau dans ce corps qui est le mien jusqu’aujourd’hui en état de gravitation.
Je poursuis ce voyage intersidéral tout en rédigeant ce carnet de bord.
Je suis parvenue à capturer des spécimens qui pouvaient tout d’eux. Des cerveaux : de l’intellect à l’état pur.
Je compte ramener ces créatures pensantes qui se sont engendrées dans leur propre volonté, sans le moindre doute, sans le moindre sentiment, sans âme.
Ces êtres représentatifs d’une espèce pas si rare mais encore en voie d’étude ne nous dévoilent rien du tout. Leur mystère habite dans une métaphore vitale dont le sens nous échappe encore.
Un voile d’incandescences sordides nappe néanmoins une analyse à ce stade, puisque leurs cerveaux, quoique décortiqués, offrent encore de la résistance, convaincus de détenir la Vérité.
Ce sont des spécimens à part. Ils sont formatés pour avoir la science infuse. Ils détiennent toute information comme synonyme de certitude opérable.
On est tous certains, après délibération, mes lieutenants, mes chercheurs et moi-même, que nous devons nous prononcer sur le sujet et le cas extrême, désobéir aux ordres.
Les ramener ou les laisser en état satellitaire ?
Avant de prendre n’importe quelle décision je dois d’abord me ressourcer et y réfléchir. Je délègue mes responsabilités pendant ce temps de répit nécessaire.
Mes compagnons de voyage veillent sur moi. On me nourrira par intraveineuse. Je récupère dans mon sommeil, cependant. Le voyage poursuit le parcours annoncé dans le tableau de bord. Le pilote automatique s’occupe de notre destinée suivant les annotations de notre feuille de route.
Mardi, 17 Janvier 2009. Je viens de reprendre les commandes. Suis descendue les maréchaux aux cratères à la recherche d’une solution juste. Ma décision est prise et d’autant plus formelle.
Heureusement on n’a pas heurté des météorites. Aucune intrusion à constater avant d’atteindre l’objectif.
On est tout près de Mars.
Je remercie l’équipage de tant de considérations à mon égard en ce moment. Je n’étais pas à la hauteur d’un pilotage, mais ils m’ont secondé et couvert jusqu’à la dernière minute. On n’était pas nombreux, c’est vrai, mais souvent l’essentiel suffit dans ce genre d’aventures.
Je les réunis vers 5h. L’Assemblée est au complet. Je leur annonce que j’assume toute responsabilité, mais que je ne ferai pas de marche arrière.
Ces spécimens seront satellisés. Ils resteront en orbite. Impossible de déterminer la contamination et l’extinction massive qu’ils pourraient engendrer sur Terre. Il faut les satelliser.
Les regards hagards de tous les membres de l’équipage se rident sur moi. Leur silence se confond dans cette éternité intersidérale.
La séance est levée.
J’ouvre les portes arrière du vaisseau et donne l’ordre d’éjecter ces créatures.
Je les vois se disperser dans le Cosmos, je les vois déjà à l’assaut des nouveaux chondrites.
Leur ellipse de chute ne me concerne plus.
Il est temps de rentrer. Le chemin de retour est déjà programmé.
Mars, deviendra après cette aventure, elle aussi, un souvenir et l’une de ces planètes guerrières que je ne souhaite plus combattre. Elle n’est plus, en ce qui me concerne, une planète. Je viens de la satelliser, elle aussi.
Plus de batailles ni de conquêtes.
Mission accomplie.
Mars, le vendredi 13 mars 2009.
Rapport du Commandant Terreva.





