Bordeaux, gare Saint-Jean,
Sur un lit de mégots
Labouré par les gens
Une fleur a éclos

Pétales de vitrail
Tige talon aiguille
Le croisement d'un rail
Avec une jonquille

Près des files d'attente
Dans son terreau d'ennui
Les pleurs de quelque amante
L'arrosent chaque nuit

Le peuple horticulteur
Chaque matin la foule
Elle subit sans tuteur
La main verte des foules

Les bagages lui pèsent
Et le train la caresse
Les oubliés la baisent
En effeuillant la presse

La montre, un pantalon
Des adieux qu'on habille
On tourne les talons
Si tournent les aiguilles

Elle est la souveraine
Aux pieds de ses sujets
Un cheminot de peine
Un contrôleur figé

Mais la fleur toute seule
Porte la chlorophylle
Pliée dans un linceul
Noué par quelques fils

Refrain :
Elle prie en joignant ses pétales
Pour que personne ne la cueille
La végétale
Du point accueil