Stephen King - J'ai Lu

Stephen King propose toujours des fictions efficaces, avec quelques morceaux d'anthologie dont les plus reconnus critiques s'accordent à dire qu'ils foutent vraiment les boules. La tempête du siècle n'est certainement pas le meilleur roman de King, ce n'est même pas un roman, pour tout dire : c'est un scénario écrit pour la télévision américaine. Le lecteur pensera ici que, jouant sur sa notoriété, King et son éditeur publient les fonds de tiroir avant la clôture d'une année fiscale déjà bien garnie. Le lecteur n'a pas tort mais, comme l'explique l'auteur dans une préface pertinente, l'expérience lecture/imagination-télévision/image est assez tentante.
Nous sommes, nous lecteurs, constamment trahis par les adaptations télévisuelles ou cinématographiques de nos romans chéris mais forcés de constater que les réalisateurs ont le droit d'avoir leur lecture et de là leurs images d'un texte, les bâtards. La lecture d'un scénario permet d'entrer directement dans ce processus. Les images sont écrites, pourrait-on dire, et il est vrai que la lecture et le visionnage de La tempête du siècle sont assez plaisantes. Sauf qu'en vrai, je l'ai pas vu parce qu'il faudrait acheter le DVD et j'ai plus le budget depuis l'achat impulsif de l'intégrale de Très très chasse édition collector spécial Grouin des Ardennes.
Mais ce n’est pas grave parce que je voulais vous parler d'autre chose, en fait. J'ai lu La tempête du siècle par désœuvrement, un soir de lassitude, sans avoir eu le temps de passer à la bibliothèque prendre ma ration de Simenon. Lire un scénario n’est pas un projet très excitant, sauf qu’en fait c’est exactement la même chose que de lire un Stephen King. Je m’explique : nous avons déjà ici, sur KaFkaïens, parlé de cette « absence de style » propre à beaucoup d’auteurs américains (« absence » n’est pas ici à prendre dans le sens de « manque », nous disons juste - et en grossissant le trait - que dans les universités américaines où sont formés bon nombre d’écrivains, le travail de la langue met souvent l’accent sur les dialogues et les mises en situation : les descriptions sont factuelles, les effets de style propres au déroulement de l’action) et cette lecture m’a conforté dans cette analyse (par ailleurs brillante et fichtrement bien argumentée).
La tempête du siècle se lit exactement comme un roman de King : on prend la mesure de ce que les descriptions ne sont guère plus étoffées que les indications scéniques du scénario et que toute l’ambiance et l’intrigue se construisent dans les dialogues et dans les quelques phrases de fin de chapitre. C’est très impressionnant finalement parce que la mécanique romanesque kingienne (j’adore ce style de phrase) est mise à nu et l’on s’aperçoit qu’elle fonctionne parfaitement dans son plus simple appareil. Si je m’y connaissais un peu en théâtre, il y aurait sans doute un parallèle à faire, mais j’y suis hermétique, c’est pas de bol. En tous cas, c’est une expérience intéressante quant à nos techniques de lecture : on comprend comment on lit King d’habitude, les informations à prendre sur une page d’un de ses romans… Ce sont celles, en gros, d’un scénario. De là à dire qu’on à affaire à une écriture cinématographique, il n’y a qu’un pas vachement tentant.