1.

A cet instant, où l’on cesse de croire en l’homme et à sa civilisation terrestre pour faire place nette à un autre avenir, ailleurs, à ce moment seulement, quand nos pieds ne touchent plus vraiment le sol, et que, bien loin en dessous s’étalent les collines de notre enfance, à ce temps suspendu seulement, à cette heure de gloire tellement rêvée j’ai dédié toute mon existence. Maintenant on m’appellera cosmonaute, spationaute ou futur martien, qu’importe, quelque soit le nom prononcé, plus personne n’osera rire, ni même sourire à ce projet si longtemps ruminé, qui se réalise, maintenant, devant mes yeux, alors que mon cœur est à deux doigts de me lâcher. La route orbitale par la Lune, sinueuse chevauchée dans le firmament telle une comète reliera, dans moins de deux cents jours, Deimos, satellite le plus proche de Mars – notre première destination. Des crédits importants ont été accordés pour accomplir ce pas de géant vers Mars, alignant pas moins de six missions déjà en route vers l’objectif et quatre autres qui suivront celle-ci, avec je l’espère le même succès et la même envie de conquête. Car, cette fois-ci, l’objectif Mars n’a rien à voir avec celui de la Lune et son fameux "3F" qui a si longtemps hanté les recherches de la NASA (Flag, Fooprint and Forget it). Non, nous ne lançons pas onze missions sur Mars en moins de cinq ans, pour se contenter de quelques photos souvenirs d’un drapeau terrestre sur le sol martien. L’ambition est tout autre : la synergie réussie entre les cinq gouvernements les plus puissants du monde et leurs industriels privés triés sur le volet va renvoyer les missions Apollo à l’Age de pierre, car nous ne cherchons pas à être médiatiques ou à toucher juste du doigt un rêve stellaire, nous voulons la conquête de Mars, son exploitation, et sa colonisation. Sans nous, il ne restera bientôt rien de cette Terre (la couche d’ozone a pratiquement disparu), mais cela pourrait être aussi bien ainsi, puisque ce n’est plus vraiment une terre habitable pour les humanistes comme nous : seulement un gros caillou d’où, entre deux guerres, les gens s’épuisent à sucer les rares ressources encore disponibles, et à s’inventer de nouvelles misères pour permettre aux plus aisés de profiter encore un instant de cette coupe éphémère de richesses. Les gens censés qui la regardent avec le recul et la philosophie des sages en parlent comme d’un enfant malade, devenu vieux avant l’heure, gâté, pourri de l’intérieur, couvert d’eczéma et autres traumas qui le rendent jour après jour de plus en plus moribond. Les missions Conquest-1 à Conquest-11 vont relever le défi de soulager l’enfant malade en allant chercher les ressources naturelles d’un autre enfant, sain de corps et d’esprit, vierge de nos belliqueuses intentions, qui après une période d’adaptation, sans doute longue, nous livrera la voie de son sang. Nous serons alors les vaisseaux sanguins qui réanimerons le corps de la Terre grâce au sang de Mars. Voilà ! Dans deux jours et demi, Conquest-7 frôlera la Lune, profitant de son attraction pour accélérer, elle se lancera dans une trajectoire elliptique vers Mars. Tout est programmé, même les distractions des quatre personnes de l’équipage jusqu’au grand sommeil, qui aura lieu dans six jours. Deux hommes, deux femmes, deux couples, deux nationalités : cette règle est identique pour chaque navette Conquest. De nombreux cosmonautes ont postulé pour ces missions, et la sélection fut rude, et parfois injuste car elle ne se basait pas uniquement sur les compétences intrinsèques de l’individu mais aussi sur celles de la compagne, ou du compagnon, ainsi que sur une centaine d’autres critères psychologiques et physiologiques, qui rendaient la lisibilité de la sélection incompréhensible donc injuste. Des couples de chercheurs, biologistes se sont vus attribués des places, au détriment de grands astronautes qui sont restés au sol. Quant à moi, il m’a fallu trouver une compagne digne de ce nom, Ange, médecin et chercheur à l’institut Marie-Curie, à Paris, une amie d’enfance, fit parfaitement l’affaire. Nous formons un couple – un homme, une femme – c’est tout. L’amour était un critère, paraît-il. Il semblerait que nous ayons aussi réussi à prouver à nos examinateurs que nous pouvions au moins simuler l’amour en cabine pour Mars. Ange fut ravie que je la choisisse et bien entendu, nous nous rapprochâmes pour un temps, lors des sélections. Matthew et Susan semblent aussi ravis d’être à bord avec nous, et je les soupçonne même d’être amoureux, réellement je veux dire. Lui est biologiste, et elle, astronome – ils ont même fait l’effort de parler français avec nous – Lui est plutôt beau gosse, elle, un peu boulotte mais sûrement très douce et intelligente, je crois. Un équipage équilibré aux caractères qui se complètent sans s’opposer, tel était aussi l’un des critères de la sélection. A cet instant, où l’on a assez de force pour cesser de croire en l’homme et à sa civilisation terrestre, à ce moment là où nous nous extirpons de l’attraction de la planète, un panorama splendide s’offre à nous et m’oblige à lancer à mon voisin une remarque amicale : - Regardez Matthew, en se penchant, nous pouvons voir la pointe de notre vieux continent. Avec un peu d’imagination, vous pourriez observer votre Big Ben et moi, ma Tour Eiffel. - Oh, ces monuments, je voudrais pouvoir me les effacer de ma mémoire. Nous quittons la Terre – je n’ai pas besoin de rétroviseur pour observer mon passé. - Nous n’en avons pas, Dieu merci. - Martin ! Est-ce que votre pays vous manquera ? - Oh que non ! J’ai dédié ma vie à cet instant, et pour rien au monde, j’échangerais cette place. Je n’ai jamais eu de pays, et bientôt je n’aurai plus de planète. Nous sommes des universalistes. - Non, nous voilà, des extra-terrestres ! N’est-ce pas, chérie ? Des extra-terrestres ! - J’entends. - Ne fais pas cette tête ! On ne la quitte que pour quelques années. Et, de toute façon, avec le temps, elle ne nous manquera pas. En serrant la main de sa compagne, Matthew me regarde, tout sourire, comme pour partager avec moi, son dégoût de notre Terre – ce brave biologiste semble avoir perdu l’amour de ses études ou a-t-il juste le recul cynique pour apprécier le geste que nous sommes en train de réaliser : La quitter – la quitter enfin. Ange, par mimétisme, prends aussi ma main dans la sienne, si moite, et pourtant elle la sert si fort que je finis par me retourner vers elle. A demi-mots, elle me dit : - J’ai envie que tu m’embrasses. - Ange, voyons, … - Quoi ? Tu peux, non ? - La sélection est terminée, tu sais, nous ne sommes plus obligés… - Tais-toi. S’il te plait. J’ai besoin que tu m’embrasses. Ce n’est pas un moment facile. Tu le sais bien. - C’est ce que tu voulais – la quitter, cette bonne vieille Terre. - Oui, mais j’ai l’impression que je la quitte pour toujours. - C’est possible et ce n’est peut-être pas si mal, non ? - J’ai besoin de toi, c’est tout. Voilà ! Nous y sommes, l’espace et la déraison. La stratosphère, tel un cupidon, a lancé sur nous, une vague de tendresse, un geste de survie. Juste avant d’embrasser Ange, je m’aperçois que nos voisins britanniques ont déjà entamé le réconfort. Les boucliers d’intimités se lèvent et séparent nos deux nations, comme si le programme de la navette Conquest-7 avait tout prévu – même ce nécessaire coït post-décollage, comme pour conjurer les mauvaises pensées de notre séparation terrestre.

2.

D'abord ce fut le grand bang, celui de l'étranger sur le pole Nord de Mars, un évènement universel. L'enveloppe métallique percuta la glace, sèchement, comme une entaille dans la peau fraîche d'un enfant. Rapidement l'impact souleva la poussières de sulfates hydratés de calcium, un moment - le temps d'un silence, timide, retenu, hésitant qui précéda la rumeur. Cette rumeur, venue des entrailles de la planète - comme des soupirs inaudibles - devint lentement une succession de décibels minuscules, rythmée, poussées du dessous de la calotte glaciaire, s'échappant de l'épaisse peau glacée, comme une souffrance contenue, une réaction lente et profonde à cette rencontre, comme celle d'un vieil ennemi oublié qui reviendrait à la maison. Conquest-1 ne bougeait plus, encore chaud de sa surprenante pénétration dans l'atmosphère martien. L'homme était de retour à la maison. La symphonie planétaire allait commencer. Que de cycle sans bruit, que de générations de particules au repos de l'homme, que de temps passé où la nature de Mars s'était habituée à son absence. La plaie s'ouvrait à nouveau - l'homme revenait après des millions d'années sur sa terre natale. Le souvenir de son vieil hôte renaissait dans cette symphonie de souffrance, comme si rien ne s'était produit depuis. La planète toute entière allait réagir, c'était inévitable. Peu à peu, les décibels minuscules se regroupèrent pour former une mer de bruits. Du brouhaha lancinant se déversa bientôt un océan d'arpèges insolites sur la coque de Conquest-1. Chaque vague était de plus en plus intense, plus juste aussi, se nourrissant du son de la précédente pour la corriger, et s'amplifiant d'une croche ou d'un triolet supplémentaire, ou se mutant vers une tierce majeure plus soutenue, pour exploser enfin dans une apothéose sonore spatiale aux dimensions surhumaines. A l'intérieur, encore sous le choc de l'atterrissage, les huit membres de l'équipage se réveillaient à peine quand ils furent saisis par la violence de l'orchestre local. Leurs tympans ne purent résister longtemps à ces vibrations fatales. L'équipage tout entier ne put apprécier la fin de ce concert - from Mars.

3.

Ce huit-clos de six jours déjà m'obsède. Cette maison volante de tôles fait route vers l'angoisse et l'ennui d'une longue proximité forcée. Autour, un vide sidéral nous oblige à devenir amis, à converser comme si tout nous rapprochait. Mais rien ne nous rapproche - je les déteste. Ce n'est pas vraiment de leur faute, ils font beaucoup d'efforts pour être conciliant, Matthew, Ange et Susan, agréables même, mais rien ne peut changer l'image que j'ai de cette fin de race. La Terre n'est plus qu'un vague souvenir et eux, une carte postale d'été sans intérêt. Depuis le décollage, je ne me considère plus comme un terrien, mais comme un spécimen de la race humaine en représentation pour l'Univers. Et l'idée même que d'autres spécimens puissent être exhiber à mes côtés, cela me rend malade - Impossible ! D'autant qu'aucun d'entre eux ne peut fièrement prétendre à représenter la race Humaine avec un grand "_H_". Seul, moi, j'aurais cette faculté, cette... comment dire, cette simplicité : celle des génies. Je serais l'Homme. Je le sais déjà. Mais pour l'heure, il faut passer au grand sommeil. Les endormir au plus vite, pour être enfin seul dans le silence. En me rapprochant d'Ange, encore debout devant l'écran de contrôle, je ressens son inquiétude. - Tu devrais retourner dans ton siège comme au décollage pour "Le grand sommeil". - Est-ce vraiment nécessaire ? On ne peut pas s’en passer ? Ce grand sommeil me fait froid dans le dos. - Nous n’allons quand même pas passer six mois à nous regarder dans le blanc des yeux. Les sommeils prolongés sont là pour nous faire passer le temps plus vite. Nous deviendrons fous dans ce cockpit, si longtemps. - Ce n’est pas coma, tu me l'as dit. C'est bien çà que tu m'as dit, qu'ils nous ont dit ? Je guide Ange vers son siège, elle ne fait aucune difficulté, dejà un peu dans son sommeil, l'effet des cachets dans la nourriture commence à agir. Cela ne tardera pas. - Comment allons-nous nous alimenter ? - Par intra-veineuses et notre métabolisme va ralentir ... - Et comment on va… uriner ? - Pareil, par des régulations qui s’installent là, tout va bien se passer. - Pourquoi çà se passerait bien ? - Pardon ? - Oui, pourquoi veux-tu que cela se passe bien ? Dans tous les films de science-fiction, çà se passe toujours mal. - Ange… - Regarde, par exemple, "2001 - l’Odyssée de l’espace", çà se passe mal. Et je connais plein d’autres films de série B où pareil, on les congèle, on les endort, et qu’est-ce qui arrive ? Et bien, ils ne se réveillent pas, ils meurent… - Ce ne sont que des films. La réalité est bien plus efficace que çà et les robots ne sont pas près de prendre le contrôle de Conquest-7, crois-moi. Pour te rassurer, il y a même des systèmes de secours, doublement sécurisés pour nous réveiller en cas de problème. - Quel problème par exemple ? - On va être congelé ? - Non, tout va se passer comme si tu dormais normalement. - Sauf que je vais dormir deux semaines, c’est çà. - Oui. Puis une pause de deux jours. On se retrouve. On discute, on joue, on s’amuse, on fait un peu de sport puis à nouveau le grand sommeil. - Ah ! %% - Et cela quatre fois, seulement. Et puis nous arriverons sur Deimos. - Bon, si tu promets de rester endormi à côté de moi, ok. Et si tu te réveilles, tu me réveilles tout de suite, d’accord. - Je te le promets. Je peux t’attacher ? - Oui… je crois. Susan est déjà attachée ? - Oui, Matthew vient de le faire. - Qui va attacher Matthew ? - Moi. - Et qui t’attachera ? - J’ai appris à le faire tout seul, ne t’inquiète pas. Je suis astronaute, je te rappelle, formé depuis vingt ans pour cette unique mission. J’ai tout répété, chaque mouvement dans ma tête, depuis vingt ans, des milliers de fois. Je suis plus que préparé, c’est en moi. Et aucune machine ne pourra être plus performante que mes petits automatismes d’humains sur-entraînés. - Martin. Ne dis pas unique. Ca me ... - Bonne nuit, Ange. Dans un silence de cathédrale, Matthew se laisse attacher et sombre aussi dans le grand sommeil. Voilà, enfin, seul, je peux profiter d'être l'unique humain conscient à cet instant. Plusieurs médecins au sol m'ont déconseillé de rester éveillé pendant les phases de Grand Sommeil, le mal de l'espace qui disent, et ses conséquences inconnues sur le psyché, mais maintenant que ces vieux schnoks se trouvent à des milliers de kilomètres de moi, je n'ai plus qu'à faire semblant de me coucher - ne pas répondre à Cap Canaveral - débrancher mon circuit de communication avec la terre et prétexter un légère avarie. Puis profiter de deux semaines d'envol solitaire dans le cosmos. Un signal pourtant me réveille de cette euphorie : sur l'écran de contrôle, Conquest-1 vient de disparaître de la surface de Mars. Plus d'écho. Lentement j'observe la position des autres points en approche de l'astre rouge, mais tout semble fonctionner comme prévu : Conquest-2 s'est bien posé sur la lune la plus proche de Mars, Phobos, pour le poste avancé en vue des prochains atterrissages des Conquest-4 et -6. Puis, ils doivent prendre le cargo de reconnaissance pour visiter les "Vallées de Mariner". La disparition de l'écho n°1 ne semble pas affecter le programme du cargo n°2, celui-ci, sur l'écran de contrôle continue sa course dans les fonds sinueux du plus grand canyon de Mars.

4.

Devant la Maison Blanche, la foule de journalistes essaye tant bien que mal de rentrer dans l’immense salle de conférence montée pour l’occasion, à la hâte, pour accueillir tous les journalistes du monde entier, car depuis les disparitions coup sur coup de Conquest-1, -2, -3, -4, -5 & -6, retransmises en direct sur Internet, le monde vibre autour de cette épopée et les mauvaises nouvelles s’accumulant, le directeur du projet Conquest, Iram Brichman, se devait de prendre la parole pour donner son point de vue sur la situation. « Rassurez-les » avait lancé le président, « nous ne pouvons pas échouer à six mois des élections ». « Que voulez-vous que je leur dise, tout le monde l’a vu, les six premiers Conquest ont disparu de l’écran de contrôle depuis le début de la semaine, je n’ai pas grand chose de plus à rajouter, si ce n’est que nous les avons perdus. Plus de signal, plus d’écho, même leur balise individuelle de survie. Ils sont sans doute … ». « Je vous interdis de dire qu’ils sont morts, vous m’entendez ». La voix sèche et lourde du président résonne dans le bureau ovale comme un écho sinistre que l’on aimerait balayer d’une main, mais c’est l’heure pour Iram de quitter les bureaux du président pour rejoindre la salle de conférence. Ils ne sont pas morts, bon, alors il y a forcément une anomalie dans l’électronique embarquée, peut-être un nuage stellaire entre Mars et la Terre qui perturbe la transmission autour de la planète rouge. C’est une théorie qui peut se tenir, qu’il faudra tenir devant les journalistes. - Que pouvez-vous nous dire de la disparition des six premiers Conquest qui ont atteint mars depuis deux semaines ? - Je ne peux pas dire grand chose de plus que ce que vous avez tous vu sur le site www.conquest.mars, nous n’avons plus d’écho provenant de la planète rouge. Il semblerait qu’il s’agisse d’un problème de transmission, il ne faut pas s’inquiéter. - Qu’est-ce qui a perturbé la transmission entre nos astronautes et nous ? Une campagne d’information avait vanté avant leur départ de les mérites de la robustesse des équipements de communications embarquées sur les navettes Conquest, mais aussi sur les hommes, eux-même, avec le fameux « Heart Sound » qui devait, je vous cite, un lien permanent et incassable entre le cœur de nos astronautes et leur famille sur Terre. Alors, monsieur Brichman, avez-vous une explication sur ce phénomène ? - A l’heure où je vous parle, toutes les équipes terrestres du projet travaillent d’arrache-pied pour rétablir la connexion au plus tôt. Il semblerait que nous avons affaire à un objet stellaire qui perturbe la zone autour de Mars où se trouve nos Conquest : une radiation solaire ou un nuage stellaire provenant de la ceinture d’astéroïdes, c’est fréquent et nous avions prévu la possibilité de ce type d’événement et nous sommes en train de suivre la procédure de rétablissement de la communication. - Vous comprenez bien que toutes les familles des astronautes et derrière eux toute la Terre, suivent avec intérêt votre projet. Comment arrivez-vous à gérer cette pression ? Et comment pouvez-vous nous assurer que tout se passe bien ? - Ne vous inquiétez pas pour moi et pour la pression, comme vous dites, que les terriens me mettent, je la comprends, et je la gère très bien, je vous remercie. Quant à la réussite des missions martiennes, bien que je comprenne l’inquiétude des proches et des spectateurs, je suis, au fond de moi, persuadé que tout se passe à merveille, là-bas, qu’il ne s’agit que d’une rupture de communication et que bientôt, dans quelques jours, nous rirons ensemble, de cet aléa électronique. Mesdames, messieurs, je vous remercie. Prochain point presse dans deux jours. Aussi vite qu’il était arrivé, Iram se dégage de la scène pour rejoindre le QG de son équipe. Au même instant, son portable vibre. - Iram, nous avons la connexion avec Conquest-7. Il semblerait que l’un de l’équipage ne soit pas endormi. - Attendez-moi, j’arrive tout de suite.

5.

Ils essayent de me joindre. Depuis que la disparition des autres Conquest, le communicateur ne cesse de vibrer. Je suis sûr qu’ils veulent annuler la mission, nous rapatrier su Terre, ces bandes de mauviettes, à la première difficulté, ils veulent faire machine arrière, çà ne m’étonne pas, avec tout ce monde qui nous regarde, il doit y avoir une sacré pression au sol. Hors de question, d’autant que sur Terre, je deviendrais un criminel – difficile de tout masquer – je suis en mission sainte et personne ne m’arrêtera. Ceux d’avant n’ont pas dû respecter Mars et elle leur a bien rendu, moi, je serai le premier, l’unique terrien à réaliser la jonction entre deux civilisations. Je le sens, c’est en moi, les autres, ils me gênaient, pas méritant, des poids lourds, à leur dernier réveil, ils ne cessaient de poser des questions sur pourquoi je ne m’étais pas endormi, pourquoi j’avais mangé toutes les vivres. Obligé de leur promettre de m’endormir à nouveau, puis quand je fus seul, il fallait bien qu’on en finisse, de cette hypocrisie. L’espace ne tolère pas les faibles, les ignorants et les hésitants. Et puis de toute façon, nous n’avions plus assez de vivres pour tous les quatre. Dommage ! Ils essayent de me joindre, par tous les moyens, ils sont confus, ils parlent de la disparition des signaux de vie de mes collègues, mais aussi des vaisseaux Conquest, à les écouter, pour eux, c’est la même chose. Amusant, comme avec la distance, tout devient simple. Un problème électronique. Foutaise ! Ils sont morts, évidemment, nous ne sommes pas les bienvenus sur Mars, un corps étranger sur un corps sain, et les anti-corps se mettent au travail pour chasser les vaisseaux étrangers. Conquest-7 va exploser comme les autres, il faut changer de tactique, je prendrai la navette individuelle de survie au moment du crash. Changement de direction, nous ne passerons pas le satellite Deimos, Conquest-7 va directement sur le mont Olympus, trajectoire finale ! - Conquest-7, ici la terre, plus d’échos de vos balises personnels pour 3 sur 4 de l’équipage. Confirmé. Disparition de vaisseaux vous précédent, avez-vous plus d’info. En approche de Deimos, vous venez de changer de trajectoire et êtes passés en manuel. Que se passe-t-il ? Conquest-7, que se passe-t-il ? Je vous ordonne de répondre. Si nous n’avons aucune réponse, nous allons devoir lancer le programme d’urgence rapatriement H-456B, veuillez répondre sinon nous allons reprendre la main. Conquest-7, ici la terre. - Ici Conquest-7, nous avons énormément de mal à vous entendre, beaucoup de perturbation, ici autour de Mars. - Que se passe-t-il ? Pourquoi avoir changé la trajectoire ? - Nous allons rejoindre Conquest-4 à sa demande sur le mont Olympus. Ils semblent qu’ils aient trouvé quelque chose d’intéressant. - Nous n’avons plus de contact des autres Conquest, en avez-vous ? Conquest-7, répondez ? - Oui, il n’y a aucun soucis, tous les Conquest sont à leur destination finale, tout va bien, nous continuons le programme. Conquest-4 nous a demandé de le rejoindre pour l’épauler dans ses recherches. - Ceci n’est pas la procédure. Veuillez atterrir sur Deimos pour préparer l’arrivée des vaisseaux suivants. Il ne faut pas changer le programme principal. Vous m’entendez, Conquest-7 ? Conquest-7 ? Et merde, il me saoule. Même de la Terre, ils nous empêchent ici de vivre comme l’on veut. Allez, je décroche.