Des bêtes y sommeillent. Elles déambulaient constamment dans mes rêves.
Que voulaient-elles en fait ? Quelles étaient les histoires qu'elles racontaient pour que je parvienne encore à y croire sans avoir à les craindre ?

Le simple fait que j’aime écouter toutes les histoires, même, celles qui font peur ? J’ai été bercée par les histoires et les comptines. J’ai toujours cru au chant des lucioles et aux Fata Morgana.
Donc rejetée, sans rime, poésie ni raison, d’une manière brutale, sans me laisser le temps d’un répit mais tout de même habituée au mot électrochoc, j’ai retrouvé tout le sens caché du mot labyrinthe dans toutes ces histoires.
Repliée cependant dans mes écrits pour trouver la paix de l'âme et le calme salutaire de l'envie apaisée, cela m’a suffi sur l’instant. Pas de miracles. Pas de mystères. Pas si facile. Mais… exsangues et sillonnés de larmes asséchées, les papiers et les voyelles futiles d'un chagrin étonné ont été pris à mon piège. Je gomme leurs sourires carnassiers, voraces, presque inévitables à chaque ligne. J’y parviens, j’efface, je déforme, j’étire, je difracte.
Carbonisés.
J’entends ces souvenirs qui sourient hagards, reflets de ces autres « cache à face » pas si anciens ni différents. Question de forme et de fond sur ces lignes diffuses de l’écriture qui se fait sur le chemin. J’eus besoin de vomir ce chagrin vacillant sous le coup. Le vomir comme l’on vomit ce dernier verre de trop. Moi qui n’ai jamais su boire. Des érythèmes surviennent à la surface de ma peau. Ça me monte à la tête très vite. Je l’évite. Des vieux symptômes effleurent sans permission.
Anéantie par ces odeurs nauséabondes d’alcool mal digéré, celles des vieilles trahisons tout juste cicatrisées, mais encore atterrée par celles qui n’étaient pas annoncées car nappées de non-dits et d’absences, j’ai tout rendu. Et je n’en voulais plus, de cette souffrance. Les cicatrices se sont rouvertes. Mais souffrir, est-ce un crime en soi ? Pas vraiment. Mon manque de méfiance m’a toujours trahie.

Après avoir enfin rempli la vomissure de l’oubli et de la routine, pas besoin des bras des autres pour oublier ces gifles, ces sécheresses de ton, ces voix faussement sereines par l’exaspération qui a suscité l’hypersensibilité qu’on m’a attribuée dans les mots des maux, que j’ai ressentie par ces blessures infligées. Des baisers venus d’ailleurs et d’ici aux senteurs et aux arrières-goûts de miel et de cannelle ont parfumé la brutalité des instants.
Ce soir-là encore la lumière avait croisé la lumière et dans cet espace qui me rassure pourtant si souvent je n’ai pas vu le piège s’appesantir dû à mon indolence.

A n’avoir fait que regarder le plafond blanc aux petites taches symétriques, se sont dessinées des lignes de fuite sur quoi appuyer les labyrinthes rectilignes cheminant vers les choix à venir.
Je me suis mise à cheminer sur ces lignes de fuite vers la trouvaille d’un songe dépourvu de ces cauchemars qui m’ont tant hantée. J’ai osé enfin pénétrer dans le labyrinthe. Sans franchir ce pas, plus de rêve possible. Il fallait voir la face cachée de la bête.


On m’avait raconté ce mode que je ne connaissais pas et je m’étais rétractée. De manière différente, c’est vrai, mais j’ai toujours fait signe dans ce cas-là de prendre la fuite à temps.
Pourtant ils étaient revenus à la charge et m’avaient envoyé des messages d’une fluide et subtile grâce, tout comme ils libèrent leur belle délicatesse en propos souriants. Ce charme dansant qu'ils baladent mais qui marque comme le signal des chagrins dont l'augure ne fait pas le moindre doute, je l’avais pressenti. La douceur de l'insistance amusée qu'ils manifestaient m’a empêché de les mettre à bonne distance.
Je ne suis plus là. Je n’ai pas terni une seconde mon estime. Aussi bas tombons-nous, nous avons l'obligation de progresser.
Leurs sarcasmes et leurs leurres n’ont aucun écho au fond de mes entrailles. J’ai suffisamment crié. Je leur ai vendu ce qu’ils attendaient.
Pas voulu prendre la distance nécessaire. Pas cette fois. Tant pis pour mon image. Je m’en balade.

Un brin de sincérité. Juste un. Ce n’était pas si compliqué pourtant. Plus de bafouillages.

Vedere le farfalle volare. Le passé s’envole. La larve prend forme. Sa mutation commence.

La larve s’engendre. La larve grandit.

Bleutée d’incompris je m’étais levée et redressée encore et encore. Puis enfin le naufrage. Le navire n’était pas insubmersible. Je me vis plonger très bas dans ces noirs abyssaux qui s’instaurent dans la lassitude de l’ennui des gestes répétitifs dans l’existence d’une vie colorée de paroles infidèles et d’impuissances à venir.
La larve est presque en état de chrysalide.

Mon visage pâle se fixe dans le miroir et mon regard et mon sourire s’éteignent pour y trouver toujours ce qui finit par nous dire la raison. Une aile du papillon s’esquisse… mon sourire éclot.
La dignité et la sincérité n’avaient plus de place dans ces options vitales. Bien souvent dans ce cas-là ces notions ne sont que synonymes de fraude.
Dans ce nouveau tableau que je viens de composer je restaure mes traits. Pas si abstraite, cette composition.
En créant s’effacent peu à peu dans ces lignes et ces coups de pinceau les mots et les non-dits de tant avoir supplié en silence, me fermant à tout, néantisant ainsi possibles miracles et comptes de fées.
Aucune ligne de fuite. Que de sentiments exposés à nu dans cette nouvelle toile toute en folie. Inutile de fermer ces portes sans se donner une moindre chance, celle de crier et de hurler qu’acceptant l’inacceptable il n’y aurait plus jamais de création ni de guérison. Besoin de démasquer ces masques.
Changer les règles. Peindre des vrais visages.
La chrysalide y est presque. Encore une aile se profile.
Aucune ligne de fuite. Présent. Pas d’avenir. Plus de passé.
Le papillon est presque là. Ses couleurs s’ébauchent.

Malgré une perte de sens provisoire de cette autre moi-même je maquille mon regard ignare et ne songe plus à ces pertes qui s’accumulaient et s’accommodaient dans les féroces mélancolies d’un quotidien qui surfait comme un spleen sordide me laissant à moitié endormie.
La tête à peine sortie de l’eau, le coup de grâce se programmait derrière. Je n’avais rien demandé. Pour contrer le maléfice j’ai cassé un verre blanc derrière moi. Mazel Tov !
J'avais une obligation de résultat, celle des promesses tenues. Pas de dérives cette fois. La mutation se poursuit.
Les ailes jaunes et orangées prennent forme.
Embarquée dans cet immense labyrinthe face à ces méandres, impossible de faire marche arrière.
Il fallait commencer par ces mots indispensables. C'était simple à bien y réfléchir puisque rien ne nous attachait vraiment lorsque j’ouvre le rideau de l’absurde si finement tissé par toutes ces fabulations. Que du théâtre. Mais la vie n’est pas un songe…
L’écho de ces voix que je ne reconnais plus aux prises avec la distanciation glisse en cascade vers l’indifférence.
Des années à me demander si tout ça était ou est bien raisonnable, si la vie amoureuse ou la vie tout court mérite ces aléas, des coups de coeur aux coups de couteaux dans le cœur, si cette spatiale élégance mérite que je m’y attarde pour essayer de comprendre qu’en fait il n’y a rien à comprendre. Donc, pas la peine de s’y attarder davantage.

Un simple décryptage de ces comportements à condition d’abandonner tout genre de sentiments aurait permis à quiconque de savoir que derrière ces mots il n’y avait qu’une belle trame délibérée, entre bambalinas, et rien d’autre.
Il était temps. L’explosion eut lieu. Le feu de ces impacts purifie.
Le petit papillon y est presque…

Le mistral balayera une fois de plus les fourberies. Le vent parisien les glacera et les pluies tropicales les emporteront dans un cyclone. Empêcher de laisser pénétrer ce qui se déguise sous les mots grimaçants que certains êtres médiocres forment laborieusement sans éprouver ce qu’ils pointent parés d’une poésie préfabriquée sous leurs tristes habits couverts de poussière et de frustrations est déjà une future humble conquête.
Leurs tentatives pleines de cette substance écoeurante et visqueuse feront revenir les couleurs à leurs joues pâles et ternes, sans rime ni raison. Ça les aide à vivre, à continuer leur course déraisonnable faisant mine d’ignorer tous les effets collatéraux provoqués à leur passage.

Je suis passée depuis pas longtemps dans le camp de ceux qui ferment la porte aux émotions et heurts inutiles, je ne regarde que ce qui transcende, l’ennui de ce qui ne remplit rien en moi installe une barrière suffisante pour que ma vie ressemble à ce que j’en attends. La larve est morte.


Brillent les couleurs dans les ailes de ce papillon qui vient tout juste de voir la lumière.
Puis…
Demi-teintes, seulement demi-teintes sous un miroir de justice qui reflètera les quotidiens.
Le voilà, ce papillon.
Arrête-toi. Regarde ses ailes polychromes, son envie de vie, sa liberté dans l’envol. Il est sorti du labyrinthe, de la larve et du liquide visqueux dont il s’était couvert, il revoit la lumière.
Il part. Ses ailes déployées irisées de jaune et d’orange parfument les lunes de cristal et d’épices.
Le mépris c’est la distance qui sépare aujourd’hui son détachement de ces tristes et trompeuses existences.
En attendant comme un nouveau-né, il s’enfonce et plonge, dans ce nouvel océan pourvu d’infinis nommé « pas à pas » qu’il savoure de nouveau : Acqua alta.
Néanmoins il lui faudra aller tout doucement. Lui laisser le temps, à ce petit papillon, de reprendre goût à la lumière et à l’eau ainsi que de lui permettre d’être capable encore d’illuminer et de faire naviguer son quotidien ainsi que de parfumer les quotidiens des autres et d’autres quotidiens…