de Iain M. Banks - Livre de Poche SF

Dans ce livre, suite de L'homme des jeux, tout semble flou, flou comme la mémoire et l'histoire du personnage principal. A travers le cheminement tortueux de ses souvenirs et le mélange de ses différentes missions pour le compte de la Culture, il est difficile de cerner une personnalité qui semble sans cesse osciller entre les pics plus ou moins aigus de son obsession. Son obsession, dont le sujet nous échappe sans cesse, devient peu à peu notre propre obsession, jusqu'à l'explication dont la monstruosité nous plonge dans la stupeur ; c'est encore mal remis de cette sombre révélation que l'on subit le coup de théâtre final, dans les toutes dernières lignes de l'ouvrage. Sans dévoiler bien entendu la nature de ce coup de théâtre, il suffit de dire qu'il remet brutalement en cause toute la représentation intellectuelle que l'on avait pu se faire du livre. Il perturbe les définitions mêmes de ce qui semble bien ou mal dans le livre. C'est tout l'art et la réussite de l'auteur : tout au long de L'usage des armes, il faut lutter pour parvenir à construire une vision cohérente du héros, des mondes dans lesquels il évolue, de ses motivations, bref de sa psychologie et de ses rapports à la Culture. Ce héros apparaît souvent sous des aspects un peu troubles. Les interrogations sur le bien-fondé de ses actions dans le cadre du département des opérations spéciales ne manquent pas. Tout concourt à nous forcer à nous faire nous-mêmes les avocats du héros que l'on voudrait meilleur, et ce fameux coup de théâtre réduit tout à néant en une ligne. On en sort un petit peu pantois, il faut bien le dire. La préface (écrite par Gérard Klein) est assez explicative et conseille de relire l'ouvrage à l'envers (dans l'ordre inverse des chapitres). L'expérience est assez tentante si l'on considère que tout le livre aura un sens différent à la lumière des révélations finales.